Paul Zeimet, directeur général de Soler : «Les renouvelables bénéficient d’une large acceptation»

Paul Zeimet, le directeur général de Soler, revient sur 25 ans d’essor des énergies renouvelables, et particulièrement des parcs éoliens au Luxembourg. La coopération étroite avec les communes et les citoyens serait l’une des clés de l’adhésion aux différents projets.

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«L’atteinte de notre objectif climatique ne passe pas par un doublement du nombre d’éoliennes», met en perspective Paul Zeimet.
«L’atteinte de notre objectif climatique ne passe pas par un doublement du nombre d’éoliennes», met en perspective Paul Zeimet.

La Société luxembourgeoise des énergies renouvelables (Soler), fondée en 2001, exploite aujourd’hui 59 des 78 éoliennes que compte le Luxembourg. S’y ajoutent des centrales hydroélectriques et des installations agrivoltaïques.

Paul Zeimet retrace le chemin parcouru par Soler, devenu le premier producteur d’énergies renouvelables au Grand-Duché.

Le fait que le Grand-Duc et le Premier ministre étaient présents à la célébration du 25e anniversaire de Soler montre-t-il que les énergies renouvelables sont désormais solidement ancrées au Luxembourg?

Paul Zeimet : Nous constatons très clairement qu’un changement s’est opéré au cours de ces 25 dernières années. La présence du Grand-Duc, du Premier ministre et de plusieurs membres du gouvernement à notre anniversaire en est aussi un signe fort. De manière générale, les énergies renouvelables occupent aujourd’hui une place tout à fait différente au Luxembourg et bénéficient d’une grande adhésion et d’une large acceptation dans l’ensemble du paysage politique. Il y a une quinzaine d’années, lorsque nous présentions un projet à un collège échevinal et évoquions l’organisation d’une réunion publique, on nous répondait : « Non, il y a des élections qui approchent, mieux vaut éviter ». Aujourd’hui, la situation est tout autre. On est très souvent sollicités directement par les communes. Des équipes climat viennent également vers nous. Il y a vraiment eu un changement de perception.

Quelle était la situation lorsque Soler s’est élancée en 2001?

Soler a été créée en 2001 par SEO (NDLR : Société électrique de l’Our) et Cegedel, devenue par la suite Enovos, dans un premier temps notamment pour reprendre l’exploitation des centrales hydroélectriques de l’État. Par la suite, l’éolien a pris une place de plus en plus importante. En 2011, avec les objectifs pour 2020 en ligne de mire (NDLR : 11 % d’énergies renouvelables), nous avons fortement accéléré notre engagement dans ce domaine afin de contribuer à l’atteinte de ces objectifs nationaux.

Tout a commencé avec des acteurs et des pionniers locaux

Peut-on donc dire que Soler a joué un rôle de pionnier?

Absolument. Et cela avec une approche fondée sur la coopération avec les communes, mais aussi avec les citoyens. C’est ce qui nous a accompagnés pendant toutes ces années, notamment lors du développement des premiers parcs éoliens, par exemple à Heinerscheid. Tout a commencé avec des acteurs et des pionniers locaux. Ce fil rouge nous a permis de créer une large adhésion autour de nos projets. Nous n’avons rien imposé, mais recherché le dialogue avec les responsables communaux pour pouvoir réaliser les projets avec une large acceptation.

Il s’écoule en moyenne environ sept ans entre la première présentation et l’inauguration d’une installation. Un délai qu’il faut accepter?

Ce sont plutôt les procédures qui prennent du temps. C’est évidemment quelque chose que nous avons aussi critiqué. J’ai encore devant les yeux le tout premier dossier qui avait été introduit pour un projet éolien : il s’agissait d’un seul dossier regroupant toutes les autorisations. Aujourd’hui, il faut un nombre incalculable de dossiers pour un seul projet. Les projets sont devenus plus complexes au fil du temps.

À l’heure où il faut accélérer le développement des énergies renouvelables, sept ans pour réaliser un parc éolien, n’est-ce pas excessif?

Ces dernières années, les délais étaient effectivement trop longs, principalement pour obtenir les autorisations en matière de protection de la nature. Quand obtenir une autorisation prend trois à quatre fois plus de temps que la construction elle-même, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Je suis donc heureux que le gouvernement ait lancé la table ronde sur l’énergie. Nous constatons désormais que les projets avancent plus rapidement.

Quel serait votre objectif? Jusqu’où pourrait-on réduire ce délai de sept ans?

Il existe des étapes et des études qui doivent toujours être réalisées, notamment en matière de protection des espèces. Le dossier doit être élaboré puis introduit. Mais une fois cela fait, l’obtention d’une autorisation ne devrait pas nécessiter un an et demi supplémentaire. Elle devrait pouvoir être délivrée en quelques mois. Je pense qu’avec un délai total de deux à trois ans maximum, nous serions dans une très bonne situation.

Sans pour autant renoncer à l’idée de partenariat et à cette communication transparente?

Au contraire, nous pouvons encore en faire davantage. C’est quelque chose que l’on apprend aussi avec le temps : communiquer plus tôt et impliquer les gens plus rapidement. Cela dépend également de ce que souhaite la commune. Certaines nous disent : « Allez directement vers le public ». D’autres préfèrent d’abord attendre les études sur la protection de la nature et des espèces, car très souvent, entre un tiers et la moitié des sites potentiels sont écartés. La question se pose alors : faut-il présenter d’emblée toutes les options ou attendre les résultats des études? Il est essentiel d’associer la commune, le collège échevinal, le conseil communal et, bien entendu, les citoyens.

Il subsiste néanmoins certaines réticences envers les éoliennes. Peut-être moins au Luxembourg, mais bien à l’étranger, où Donald Trump ou encore l’AfD en Allemagne mènent une offensive contre l’éolien, allant jusqu’à réclamer la destruction d’installations. Ce discours a-t-il également des répercussions au Grand-Duché?

Non, nous ne le constatons effectivement pas. Je pense qu’un élément important est que nous disposons de valeurs limites très strictes, notamment en matière de bruit. L’autre aspect concerne évidemment le paysage, qui se transforme avec la multiplication des éoliennes. Mais, parallèlement, la tendance va vers des installations plus grandes, dont la production peut être plusieurs fois supérieure à celle des années 1990.

Un autre argument avancé par les opposants concerne la faune sauvage. On entend régulièrement que les éoliennes peuvent avoir un impact négatif sur les oiseaux, dont le fameux milan royal. Quelle est votre approche?

Depuis 2016, nous avons équipé de balises plus de 20 milans royaux afin d’étudier leurs migrations et leur comportement autour des nids. Les analyses montrent qu’ils détectent généralement les installations et adaptent leur vol, réduisant fortement le risque de collision. Une vigilance particulière s’impose lorsque les jeunes milans royaux quittent le nid. Les installations sont aussi arrêtées pendant trois jours lors de travaux agricoles à proximité. Sur deux sites, des caméras détectent désormais les rapaces et déclenchent automatiquement l’arrêt des éoliennes.

Un projet éolien peut-il donc aussi avoir des effets bénéfiques sur l’écosystème environnant?

La construction des éoliennes s’accompagne évidemment de mesures compensatoires. L’emprise au sol elle-même est extrêmement faible. Au Luxembourg, nous démontons par exemple les plateformes de grutage après la construction. Pendant toute la durée d’exploitation de l’installation, l’agriculteur peut donc cultiver ses terres pratiquement jusqu’au pied de l’éolienne. En parallèle, nous avons planté plus de 700 arbres fruitiers et 3 000 mètres de haies. Ces vergers et haies constituent des habitats pour les chauves-souris.

Un autre facteur facilitant les choses est l’évolution technologique. De combien d’anciennes installations une éolienne moderne peut-elle remplacer la performance?

L’une des premières installations à Mompach produisait un demi-gigawattheure (GWh). Aujourd’hui, nous construisons à Eschdorf, en partenariat avec le Syndicat des eaux du barrage d’Esch-sur-Sûre (Sebes), une éolienne de type E-175 qui devrait produire environ 21 GWh. Il s’agira de la première E-175 au Benelux. La production a donc été multipliée par plus de 40. On ne peut évidemment pas généraliser cet exemple, mais la comparaison est intéressante au regard de l’objectif des 1 043 GWh fixé par le Plan énergie-climat (PNEC) pour 2030. Avec des éoliennes des années 1990, il en faudrait plus de 2 000. Avec une production de 10 GWh par éolienne, une centaine suffirait aujourd’hui. Avec des E-175, un peu plus de 50 éoliennes permettraient théoriquement d’atteindre l’objectif. Cela montre surtout que l’atteinte de notre objectif climatique ne passe pas nécessairement par un doublement du nombre d’éoliennes, grâce aux gains considérables de productivité des nouvelles générations.

Le développement des capacités de stockage constitue-t-il la prochaine étape clé?

En tant qu’exploitant de parcs éoliens, nous nous tournons de plus en plus vers des projets hybrides. Nous venons de l’hydroélectricité, mais réfléchissons aujourd’hui à ce qui peut être associé aux éoliennes, par exemple l’agrivoltaïsme ou, à l’avenir, des batteries de stockage. Nous participons ainsi au projet Echo-Wave à Kehlen, qui combine agrivoltaïsme et éolien pour produire de l’hydrogène vert. Il s’agit du premier projet luxembourgeois sélectionné et cofinancé par le Fonds européen pour l’innovation (Innovation Fund).

Les éoliennes sont plus présentes dans le nord que dans le sud du pays. Où voyez-vous encore du potentiel pour implanter les prochains parcs?

Cette année, nous avons par exemple mis en service cinq éoliennes dans le canton de Redange. À Schieren, une installation est entièrement montée et injectera pour la première fois de l’électricité dans le réseau le 2 octobre. À Dippach, notre projet réalisé avec Sudenergie est également prêt à entrer en service. À Eschdorf, les fondations sont en train d’être coulées, pour un achèvement prévu au premier trimestre de l’année prochaine. Enfin, à Kehlen, notre éolienne du projet d’hydrogène vert est en construction et devrait entrer en service également au premier trimestre 2027. Nous avons aujourd’hui des projets dans toutes les régions du Luxembourg.

Qu’en est-il des anciennes installations?

Depuis 2016, nous avons déjà démonté 26 éoliennes et les avons remplacées par des équipements de dernière génération. Au Burer Bierg, dans la commune de Rosport-Mompach, nous allons encore démonter quatre anciennes éoliennes. Elles seront remplacées par deux installations de nouvelle génération, qui devraient être mises en service d’ici la fin 2027. Et puis viennent tous les autres projets que nous avons dans le pipeline, par exemple dans le Mullerthal.

Existe-t-il encore du potentiel dans le sud du pays?

Nous nous intéressons clairement au sud du pays. On salue ce que préconise le gouvernement : se rapprocher des routes et des zones industrielles. Cela permet de s’éloigner davantage des habitations. Nous travaillons à la fois sur de nouveaux sites et sur des projets à proximité de zones industrielles et d’axes autoroutiers. Les nouvelles installations, comme l’E-175, produisent déjà beaucoup d’énergie avec des vitesses de vent plus faibles. Cela permet de mieux exploiter le potentiel du Sud.

La Fedil était représentée à la table ronde organisée lors de la célébration des 25 ans de Soler. Quelle est l’importance des coopérations avec des secteurs économiques, comme l’industrie?

Dans le Sud notamment, nous travaillons déjà sur des projets concrets. Une éolienne peut par exemple être construite à proximité d’un grand consommateur, comme un data center, afin de rapprocher davantage la production renouvelable de la consommation. Ce sont évidemment des projets très intéressants.

Vous annoncez que l’exploitation de différentes technologies permet aussi de renforcer la résilience du pays. Dans quelle mesure?

Prenons l’exemple du Sebes, qui constitue une infrastructure critique pour l’approvisionnement du pays en eau potable. Aujourd’hui déjà, notre centrale hydroélectrique d’Esch-sur-Sûre joue un rôle important en matière de résilience. En cas de black-out, elle peut fournir directement de l’électricité aux installations du Sebes et contribuer ainsi au maintien de l’approvisionnement en eau potable.

En 2027, notre projet éolien commun à Eschdorf viendra compléter cette coopération en produisant localement une quantité importante d’électricité renouvelable. C’est un bon exemple de la manière dont différentes technologies renouvelables peuvent se compléter et contribuer à renforcer la résilience du pays.

REPERES

Carrière. Paul Zeimet a commencé sa carrière professionnelle chez DuPont de Nemours à un poste de gestionnaire des ressources humaines. Il exercera une fonction similaire chez CLT-UFA.

SEO. De mai 2012 à décembre 2025, Paul Zeimet est le directeur de la Société électrique de l’Our (SEO).

Soler. En juin 2012, Paul Zeimet arrive chez Soler où il occupe le poste de directeur général.

Renouvelables. Fondée en 2001, Soler est devenue l’acteur majeur des énergies renouvelables au Luxembourg. La société exploite notamment 59 éoliennes réparties dans 18 parcs. Elle fédère plus de 500 actionnaires citoyens.

PNEC. Le Plan énergie-climat luxembourgeois actualisé fixe une trajectoire de production éolienne de 1 043 GWh en 2030. En 2025, la production éolienne s’est élevée à 467 GWh.

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