Oligarque russe épargné : Bettel s’est expliqué avec Zelensky
En marge de l’Assemblée générale de l’ONU, Xavier Bettel a échangé avec le président ukrainien au sujet de la demande du Luxembourg de radier un oligarque russe de la liste des sanctions de l’UE. «On s’est quittés en bons termes», assure le ministre des Affaires étrangères. Le Premier ministre, Luc Frieden, a aussi livré des précisions sur cette affaire.
Vendredi, au moment de tirer le bilan de l’Assemblée générale des Nations unies (lire ci-dessous), le ministre des Affaires étrangères, Xavier Bettel, est revenu sur les sévères critiques suscitées par le retrait du milliardaire russe Mikhaïl Fridman de la liste des sanctions de l’UE.
Le rôle joué par le Grand-Duché dans cette affaire et les motivations du gouvernement continuent à poser question.
Mardi, l’UE avait sauvé in extremis ses sanctions contre Moscou en se ralliant, à contrecœur et malgré les critiques de Kiev, aux exigences de la France et du Luxembourg. Les deux pays ont obtenu le retrait de deux oligarques de cette liste noire : Alicher Ousmanov côté français et Mikhaïl Fridman côté luxembourgeois.
Ce dernier a initié une procédure d’arbitrage pour obtenir du Grand-Duché 15 milliards d’euros de réparations à la suite du gel de ses avoirs au Luxembourg.
«Dans l’intérêt supérieur du pays et afin d’éviter tout préjudice, le Luxembourg a demandé, dans le sillage de la France et de la Slovaquie, de discuter du retrait d’une autre personne de la liste. Au bout de longues discussions, un accord a pu être trouvé parmi les 27 pays membres de l’UE pour radier ces deux personnes, dont celui qui a intenté une procédure contre le Grand-Duché», a expliqué, jeudi, Luc Frieden.
À New York, Xavier Bettel a aussi insisté sur le fait que la décision finale a été prise par les Vingt-Sept. Un compromis qui a permis de prolonger de trois ans les sanctions contre la Russie. «La décision revenait à l’UE et à personne d’autre. Le plus important est d’avoir trouvé un accord qui donne aussi une certaine prévisibilité», affirme le ministre des Affaires étrangères.
«S’il faut payer, on se retrouve vite seul»
Dans les travées de la salle accueillant l’Assemblée générale de l’ONU, on a pu apercevoir cette semaine Xavier Bettel aller à la rencontre du président ukrainien, Volodymyr Zelensky. «Bien entendu, je lui ai parlé de cette décision. Il en va de même avec mon homologue Andriy Sybiha. Il serait hypocrite de ne pas l’avoir fait», note le chef de la diplomatie luxembourgeoise. «Ils ont présenté leur vision des choses, moi j’ai expliqué notre position. Et point. On s’est quittés en bons termes», assure Xavier Bettel.
«Au moment où la Russie mène des attaques brutales contre notre population,(…) envoyer des signaux sur la levée des sanctions contre des oligarques russes est une démarche autodestructrice et contre-productive», avait réagi mardi le président ukrainien. Le ministre des Affaires étrangères, Andriy Sybiha, avait qualifié la décision de «honteuse» et «injustifiable».
Jeudi, le Premier ministre, Luc Frieden, tenait à souligner que la radiation de Mikhaïl Fridman «ne change rien à notre fort soutien apporté à l’Ukraine». Les sanctions contre la Russie resteraient également pleinement soutenues.
Demeure ouverte la question de savoir si l’action en justice initiée contre le Luxembourg a pesé dans cette affaire. «Au niveau de l’UE, on est toujours solidaires au moment de prendre des décisions. Mais lorsqu’il faut payer, on se retrouve souvent seul», a fait remarquer Xavier Bettel, toujours depuis New York, au micro de nos confrères de la radio 100,7. Allusion est faite aux discussions sur une éventuelle saisie par l’UE des avoirs russes immobilisés à Bruxelles, un risque que le gouvernement belge ne voulait pas assumer seul.
L’autre question qui se pose : Mikhaïl Fridman va-t-il retirer sa plainte? «Je ne peux rien en dire à ce stade», avance Luc Frieden.