Maladies psychiatriques : «On guérit beaucoup mieux lorsque l’on est chez soi»

Des soins psychiatriques chez soi plutôt qu’à l’hôpital, tel est le pari lancé en 2001 avec la création d’un service de soins psychiatriques ambulatoires et à domicile. Sa fondatrice, Brigitte Schmitz, en raconte l’histoire et l’évolution.

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Avant que Brigitte Schmitz lance le SPAD, les maladies psychiatriques étaient confinées au sein de l'hôpital.
Avant que Brigitte Schmitz lance le SPAD, les maladies psychiatriques étaient confinées au sein de l'hôpital.

À l’occasion des Semaines de la santé mentale, le Centre hospitalier neuro-psychiatrique (CHNP) d’Ettelbruck a célébré ce mardi les 25 ans d’existence de son service de soins psychiatriques ambulatoires et à domicile (SPAD). Infirmière psychiatrique pensionnée depuis six ans, Brigitte Schmitz a pris la parole afin de présenter ce service qu’elle a fondé en 2001 et qui a révolutionné la prise en charge des maladies psychiatriques au Grand-Duché.

Quelle est la genèse du SPAD en 2001?

Brigitte Schmitz : À l’époque, la psychiatrie était beaucoup plus asilaire. Lorsqu’elle a été décentralisée, nous nous sommes dit qu’il serait important d’accompagner les gens dans leur milieu de vie. J’ai donc présenté le projet du SPAD à la direction, qui l’a accueilli à bras ouverts et a donné son feu vert pour commencer. Nous nous inspirions de références internationales, car de tels services existaient déjà en France, en Belgique et en Allemagne. Nous avons débuté avec cinq équivalents temps plein accordés par la Caisse nationale de santé (CNS).

Puis, petit à petit, nous avons grandi. Dans le cadre de la décentralisation de la psychiatrie, la CNS avait accordé 2,5 équivalents temps plein à tous les hôpitaux, mais le CHL et l’hôpital Kirchberg n’avaient pas profité de ces moyens. Nous avons alors conclu des conventions avec eux afin de pouvoir « récupérer » leurs 2,5 équivalents temps plein.

Et comment a évolué la prise en charge des patients?

Entre 2001 et 2011, à la suite de notre travail de sensibilisation, nous avions déjà suivi 1 500 patients. Lors de notre dixième anniversaire, nous comptions 230 patients pour 13,5 équivalents temps plein. Au début, c’était plus compliqué : il fallait s’organiser pour nos déplacements et nous n’avions pas de voiture de service, nous utilisions nos véhicules personnels. Il y a 25 ans, nous n’avions ni ordinateur ni téléphone portable (elle rit). Malgré tout, nous avons réussi à acquérir une renommée nationale.

À l’époque, la psychiatrie était beaucoup plus asilaire

Quels sont les avantages de recevoir des soins en milieu ouvert plutôt qu’à l’hôpital?

Je pense que l’on guérit beaucoup mieux chez soi. La personne est moins coupée de la société et tous les progrès réalisés s’inscrivent dans la réalité, et non dans un milieu fermé et artificiel. Cela évite également d’isoler les patients de leur famille, ce qui constitue un avantage énorme. Quand on fait de la psychiatrie, on fait toujours de la psychiatrie sociale, le soutien des proches est donc crucial. Et pour ceux qui n’ont pas de famille, des associations comme Hëllef Dobaussen ou la Ligue de santé mentale existent pour offrir un accueil de jour et un encadrement par des professionnels dans les activités quotidiennes.

L’objectif du SPAD est-il aussi de favoriser l’inclusion des patients au sein de la société afin de lutter contre les tabous?

Oui, je pense que cela s’inscrit pleinement dans cette démarche de déstigmatisation. J’ai commencé mes études d’infirmière psychiatrique en 1977, et cet établissement, qui s’appelait alors « hôpital neuropsychiatrique », avait un fonctionnement encore très asilaire. Aujourd’hui, nous pouvons mesurer l’évolution de la psychiatrie vers davantage de déstigmatisation et une meilleure acceptation des personnes souffrant d’une maladie psychique.

Grâce au SPAD, l’opinion du grand public peut véritablement changer. Lorsque nous avions des patients qui vivaient en résidence, nous constations avec leurs voisins que la stigmatisation diminuait fortement dès lors qu’il y avait des échanges directs. Pour beaucoup, la psychiatrie fait peur tant qu’on ne connaît pas les personnes.

Et quand on sait le nombre de personnes qui peuvent être confrontées à un problème de santé mentale, favoriser l’intégration et lutter contre les préjugés est la mission du SPAD. Un patient atteint d’une maladie mentale doit pouvoir entrer dans un établissement de soins de la même façon qu’une personne qui s’est cassé la jambe.

Le suivi des près de 400 patients du SPAD

Au sein du SPAD, «20 collaborateurs, dont 16,6 équivalents temps plein, se chargent du suivi de 388 patients à travers le Grand-Duché», fait savoir Karin De Kroon, la directrice du service. Pour ce faire, des entretiens de 45 minutes ont lieu une fois par semaine avec un professionnel, que ce soit à domicile ou au CHNP, afin de faire le point sur l’évolution de la maladie et sur la vie quotidienne des malades, de leurs contacts sociaux à leurs passe-temps.

«Nous les accompagnons également s’ils ont besoin de services supplémentaires», explique Karin De Kroon, tels que «des assistants sociaux, des psychologues ou des traducteurs». L’accompagnement commence à partir de l’âge de 4 ans, sur prescription d’un pédopsychiatre, et peut s’étendre sur de nombreuses années, sans limite maximale.

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