L’union syndicale, une «bête de somme», pas un «alibi»

La rupture avec le gouvernement est entamée et l’union avec l’OGBL se renforce. Le président du LCGB, Patrick Dury, conseille à Luc Frieden de prendre des cours de rattrapage auprès de Jean-Claude Juncker.

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LCGB 1 Mai Remich
LCGB 1 Mai Remich

Qu’elle paraît loin l’époque où Jean-Claude Juncker tenait les rênes du Luxembourg! D’un 1er mai à l’autre, Patrick Dury ne cesse d’enfoncer un peu plus le clou du pilori auquel il souhaite suspendre le gouvernement actuel. Politique mondiale, européenne, nationale : rien ne va plus. Les valeurs sociales et démocratiques vacillent, l’insécurité s’installe et les peuples trinquent.

«Crise énergétique, inflation, crise d’approvisionnement, chômage, récession : ce sont des termes qui influencent un peu trop notre quotidien depuis six ans», note le président du LCGB, en s’adressant vendredi matin à Remich à un parterre de convaincus et quelques représentants politiques et gouvernementaux disséminés dans le public.

«Il est grand temps que les responsables politiques européens reconnaissent que nous devons nous émanciper des États-Unis», a commencé Patrick Dury. «Nous ne voulons pas être une pâle copie des USA. La réponse n’est pas le nationalisme, mais une Europe sociale, forte et démocratique.» Qui garantit l’unité et mène une politique économique et sociale cohérente, contrairement à ce que s’emploierait à faire le gouvernement actuel, regrette Patrick Dury, avare en compliments.

Un gouvernement paresseux et inactif, notamment en matière de transposition de la directive européenne sur le salaire social minimum. «C’est jouer avec les gens» et «se moquer des syndicats et de leurs membres», constate Patrick Dury sous les applaudissements. «Une politique sociale responsable ne remplace pas l’amélioration structurelle du salaire et de la retraite minimums par une soi-disant politique à la Caritas où les membres de la majorité balancent des miettes aux pieds du peuple.»

La critique est acerbe. Le dialogue social serait rompu par un gouvernement qui agirait à sa guise. Patrick Dury regrette l’époque Juncker. «Le Premier ministre connaissait ses responsabilités. Il n’aurait pas hésité à les prendre et à inviter les partenaires sociaux en temps de crise à prendre part à une tripartite. C’était une époque lors de laquelle on discutait ou se disputait les yeux dans les yeux dans un respect mutuel», dans l’intérêt du pays et du renforcement du modèle social.

«Le fric appelle le fric!»

Le président du LCGB invite Luc Frieden et le ministre du Travail, Marc Spautz, à prendre des cours auprès de Jean-Claude Juncker sur tout un tas de sujets allant de la négociation des contrats collectifs à la conservation des acquis sociaux, en passant par l’équilibre entre patronat et syndicats. Aucun secteur n’échappe à la critique de l’orateur pour qui l’Union des syndicats OGBL-LCGB ne doit pas être «un alibi» du gouvernement pour justifier son immobilisme ou les décisions prises unilatéralement visant à faire fructifier les bénéfices du patronat tout en réduisant les coûts. «Le fric appelle le fric!»

Le syndicat refuse d’être le bouc émissaire de la débâcle du modèle social luxembourgeois, également censé «masquer l’incompétence du gouvernement». Au contraire, l’union syndicale serait toujours prête à ne rien lâcher pour éviter que «les digues lâchent». Le président est particulièrement inquiet quant à l’évolution des questions de santé ainsi que de sécurité et d’assurance sociales. Il demande à Luc Frieden de «désamorcer» la situation, sa ministre de la Santé en étant incapable.

Patrick Dury annonce notamment une campagne d’information et de mobilisation au Luxembourg et dans la Grande Région qui devrait aboutir à une grève générale. «L’union syndicale est née pour durer. Ce n’est pas un insecte éphémère, c’est une bête de somme infatigable», explique Patrick Dury à la fin de son discours. «Cette union est en passe de se réaliser. Nous apprenons à nous connaître. Ce n’est pas toujours facile, mais c’est une alternative nécessaire.»

Après les fiançailles, le mariage paraît inévitable. Les deux syndicats regardent dans la même direction, qui n’est pas celle du gouvernement actuel.

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