Les seniors tendent à travailler plus longtemps
Rapprocher l’âge de départ réel de l’âge de départ légal est une des pistes de la réforme des pensions. Selon le Statec, les 55 à 59 ans et les 60 à 64 ans sont disposés à prolonger leur vie active.
L’édition 2025 du rapport «Travail et cohésion sociale», publiée hier matin par le Statec, regorge une nouvelle fois de chiffres qui doivent, selon le directeur Tom Haas, «aider les acteurs sociaux, les citoyens et les responsables politiques à mieux comprendre la société luxembourgeoise d’aujourd’hui et de demain, et à préparer l’avenir du pays». Un des constats majeurs est que les inégalités persistent (lire ci-dessous). En plein débat sur la réforme des pensions, le Statec a posé le choix de se consacrer plus particulièrement aux enjeux liés au vieillissement de la population.
En 2024, la part des personnes âgées de 65 ans et plus s’élève à 15 % au Luxembourg, contre 21,6 % dans l’Union européenne. «Cette évolution s’explique par deux phénomènes : la baisse de la mortalité, qui augmente l’espérance de vie, et la diminution de la fécondité, qui réduit le nombre de jeunes et élève l’âge moyen. Toutefois, les migrations jouent un rôle modérateur, en apportant une population jeune et active qui freine le vieillissement démographique», note le Statec.
Carrières allongées, retraites anticipées
Un des chiffres qui pèsent dans l’équation à résoudre pour garantir un financement durable du système des pensions est l’augmentation continue de l’espérance de vie, atteignant 85,3 ans pour les femmes (74,5 % en 1973) et 81,2 ans pour les hommes (67,3 % en 1973).
Le rapport révèle un certain paradoxe : alors que la vie professionnelle des plus de 55 ans s’allonge, les départs à la retraite anticipés sont toujours nombreux. L’âge moyen pour «partir» est de 60,4 ans au Luxembourg, plus tôt que la moyenne européenne (61,3 ans). En France, la moyenne se situe à 60 ans, tandis que les Allemands partent à 62 ans et les Belges, tout comme les Portugais, à 63 ans. En tête arrivent l’Islande, le Danemark (66 ans chacun) et les Pays-Bas (65 ans).
L’intention du gouvernement est de rapprocher l’âge de départ réel de l’âge de départ légal, qui reste fixé à 65 ans. L’augmentation progressive de la durée de cotisations (8 mois au total pour partir à 60 ans) est accompagnée de deux autres outils : l’introduction d’une retraite progressive et la création d’incitatifs fiscaux pour prolonger volontairement sa carrière.
Les chiffres dévoilés hier par le Statec indiquent que la volonté des plus de 55 ans – ou seniors – de travailler plus longtemps est présente. Le taux d’activité des 55 à 64 ans a fait un net bond (une hausse relative de 57 %) entre 2004 et 2023, en passant de 31 % à 48 %. Le taux est de 76 % en Allemagne, 60 % en Belgique, 62 % en France et 67 % à l’échelle de l’UE.
«Cette tendance vers un vieillissement plus actif devrait se maintenir à long terme, augmentant la part des personnes plus âgées dans l’emploi national», avance le Statec. Une projection mise sur un taux d’activité des 55-59 ans qui passerait de 65 % en 2024 à 70 % en 2070. Il est prévu que le taux des 60-64 ans passe de 26 % à 33 %.
Plus de femmes, plus de diplômés
«Cette évolution s’explique par la participation croissante des femmes au marché du travail, une meilleure santé des seniors et des incitations économiques à prolonger la vie professionnelle. Elle résulte aussi d’une entrée plus tardive sur le marché du travail, liée à l’allongement des études, et de parcours professionnels moins linéaires et plus flexibles», développe le rapport. Les personnes les mieux formées ont d’ailleurs tendance à travailler plus longtemps et à être plus souvent actives en moyenne : 69 % en 2004 pour les détenteurs d’un diplôme supérieur, contre 40 % avec un niveau d’études moyen et 35 % avec une formation inférieure.
Plus globalement, la durée de la vie professionnelle est passée de 30 à 35 ans.
Le plus grand défi sera de mobiliser les plus de 65 ans. Ils sont à peine 5 % à toujours travailler en cette année 2024, un taux qui ne devrait guère évoluer d’ici 2070. La part des retraités encore aptes et motivés à rester actifs est également faible dans nos pays voisins : 3 % en Belgique, 4 % en France, 9 % en Allemagne et 9 % dans l’UE.