Depuis 2024
Le programme mammographie élargi a trouvé son public
Depuis 2024, le programme mammographie invite les femmes de 45 ans à 74 ans, contre 50 à 69 ans auparavant, à se faire dépister du cancer du sein. Les femmes ont-elles répondu à l’appel? Réponse.
Le mois d’octobre touche à sa fin et avec lui la campagne d’Octobre rose. Les rubans vont certes disparaître de l’espace public jusqu’à l’an prochain, mais la lutte contre le cancer du sein, elle, se mène non-stop. Parmi les dispositifs mis en place dans le pays figure le programme mammographie.
Chaque femme résidant au Luxembourg reçoit, de ses 45 ans à ses 74 ans, une lettre valable deux ans l’invitant à passer gratuitement une radiographie. L’idée étant de s’assurer que tout va bien – l’examen repère les anomalies trop petites pour être senties à la palpation, parfois plusieurs années avant l’apparition de symptômes – et de détecter, le cas échéant, le plus précocement possible un cancer du sein.
Les femmes ont vu la tranche d’âge à laquelle participer à ce programme élargie depuis deux ans : jusqu’au 1er juillet 2024, seules les femmes de 50 à 69 ans pouvaient y prétendre. Les premiers chiffres montrent que les nouvelles venues ont répondu à l’appel – même si moins d’une invitée sur deux se fait examiner.
Une hausse des dépistages
Interrogé par Le Quotidien, le ministère de la Santé et de la Sécurité sociale a fourni une réponse plutôt positive. En 2025, première année pleine depuis l’élargissement, 4 830 mammographies ont été réalisées chez des femmes de 45 à 49 ans et 2 539 chez des femmes de 70 à 74 ans. Ensemble, elles représentent 28 % des 26 134 tests effectués dans le cadre du programme, contre 14 % en 2024.
C’est d’ailleurs à elles seules que l’on doit la hausse du nombre de dépistages, passé de 21 520 en 2024 à 26 134 en 2025. Chez les 50-69 ans, le public historique du programme, l’activité est restée stable, autour de 18 500 tests par an.
La progression est régulière chez les 70-74 ans, dont la part dans l’ensemble des tests est passée de 5,6 % en 2024 à 9,7 % en 2025, puis à 10 % sur les sept premiers mois de 2026. Chez les 45-49 ans, elle a plus que doublé entre 2024 et 2025, de 8,6 % à 18,5 %, avant de s’établir à 15,2 % entre janvier et juillet 2026.
«Trop tôt» pour conclure
Ces bons chiffres ne doivent pas masquer une tendance de fond. Selon l’Observatoire national de la santé, 53,3 % des femmes de 50 à 69 ans avaient bénéficié d’une mammographie du programme au cours des deux années précédentes en 2024, contre 64,7 % en 2012.
Le Luxembourg reste ainsi sous le seuil de 70 % jugé acceptable par les lignes directrices européennes. Une partie des femmes se font toutefois dépister en dehors du programme organisé : en 2019, près de huit sur dix déclaraient avoir passé une mammographie au cours des deux dernières années.
Le ministère invite à la prudence. Les chiffres de 2024 ne couvrent qu’un semestre d’invitations, et ceux de 2026 ne sont pas définitifs. Il est donc «trop tôt pour interpréter le recul apparent observé sur les sept premiers mois de l’année», souligne-t-il. Mais à ce stade, rien ne permet de conclure à «une difficulté particulière à mobiliser les femmes de 45 à 49 ans», réputées plus difficiles à convaincre.
Tous âges confondus, 24 183 des 51 920 femmes invitées en 2025 ont participé au dépistage, soit 46,6 %. Ce taux est encore appelé à évoluer, puisque chaque invitation reste valable deux ans. Le ministère ne pourra «évaluer plus précisément la participation des nouvelles tranches d’âge et mieux apprécier les effets de l’élargissement du programme» à partir de 2028, a-t-il confié.
Sur l’ensemble des dépistages réalisés, toujours en 2025, 2 072 ont été jugés anormaux et ont nécessité des examens complémentaires, soit environ 8,6 %. Un résultat anormal ne signifie pas pour autant un cancer. Sur son site, le laboratoire Ketterthill précise que sur 1 000 mammographies réalisées en moyenne dans le cadre du programme, 50 présentent un résultat anormal. Parmi ces 50 femmes, six seulement se voient finalement diagnostiquer un cancer.
Pour toucher un maximum de femmes, les invitations sont personnalisées en français, allemand, luxembourgeois, portugais et anglais, indique encore le ministère. Ce dernier «mène aussi des actions de sensibilisation avec des associations, notamment auprès des personnes en situation de handicap, et tient des stands d’information lors de campagnes comme Octobre rose», indique-t-il enfin.
Isabelle Simon (avec Christelle Brucker)