«La violence a un impact terrible si elle n’est pas entendue» : au CHEM, les soignants invités à briser le silence
Réunis pour une journée consacrée à la violence dans le monde des soins, les professionnels du CHEM ont voulu ouvrir le dialogue autour d’une réalité de plus en plus présente à l’hôpital.
À l’hôpital, la violence ne se limite pas aux coups. Elle se glisse aussi dans les insultes, les menaces, les tensions permanentes et le sentiment d’insécurité qui mine progressivement les équipes. Réunis ce mercredi à l’Ariston d’Esch-sur-Alzette pour une journée consacrée à la violence dans le monde des soins, les professionnels du CHEM ont voulu ouvrir un dialogue longtemps resté discret.
Après une première édition consacrée à la santé mentale des soignants en 2025, l’hôpital a choisi cette année de prolonger la réflexion autour des violences vécues dans les services. «Aujourd’hui, on est face à une réalité où il y a de plus en plus d’agressions dans les soins, et pas seulement en psychiatrie ou aux urgences», explique Aurélie Lereboulet, responsable du pôle psychiatrie du CHEM.
Selon elle, les violences verbales restent les plus fréquentes. «Il y a beaucoup de menaces verbales, d’agressivité verbale, avec des insultes. C’est souvent lié à des frustrations ou à des incompréhensions», souligne-t-elle. Les agressions physiques, elles, concernent davantage certains services comme la psychiatrie ou les urgences, notamment dans des contextes de crise ou d’ébriété. Le tout dans un «milieu déjà injuste», souligne René Metz, directeur général du CHEM.
«Ce qui n’est pas nommé n’existe pas»
Pour les organisateurs, l’enjeu principal est de reconnaître ces violences pour éviter qu’elles ne deviennent invisibles. «Ce qui n’est pas nommé n’existe pas», rappelle la soignante. «À partir du moment où on peut nommer les choses, on ouvre le dialogue.» Une démarche jugée essentielle pour permettre aux victimes de parler, rompre l’isolement et favoriser le soutien entre collègues.
Durant les échanges, plusieurs participants ont partagé leurs expériences. «Les gens n’arrêtaient pas de parler, ils partageaient leur vécu», raconte Aurélie Lereboulet, évoquant une atmosphère marquée par «la solidarité».
Car les conséquences psychologiques peuvent être lourdes. «Si on travaille dans un service où on est constamment en insécurité, cela génère des angoisses», explique la responsable. À terme, cette pression peut conduire à des arrêts maladie, des troubles anxieux ou des dépressions. «La violence a un impact terrible si elle n’est pas entendue et reconnue.»
Former et protéger les équipes
Face à cette réalité, le CHEM dit avoir renforcé plusieurs dispositifs ces dernières années : formations à la désescalade de l’agressivité, systèmes d’alarme, présence accrue de la sécurité, soutien psychologique interne et accompagnement externe pour les employés qui le souhaitent. L’hôpital travaille également avec des équipes spécialisées capables d’intervenir rapidement dans les situations de crise.
Pour Aurélie Lereboulet, protéger les soignants reste indispensable à la qualité des soins. «On doit travailler en toute confiance», insiste-t-elle. Elle défend aussi une approche centrée sur la continuité humaine avec les patients, y compris après des épisodes de violence. Dans les services psychiatriques, les équipes tournent entre unités fermées et services ouverts afin d’éviter l’usure psychologique. «Les patients se souviennent souvent qu’on les a accueillis avec bienveillance, même dans des moments de crise», confie-t-elle.
Au-delà de cette journée, le CHEM souhaite inscrire durablement ces questions dans son fonctionnement. «Nous travaillons depuis des années sur le bien-être au travail», affirme Patrizia Ascani, responsable des ressources humaines. L’hôpital dispose notamment, depuis dix ans déjà, d’une psychologue du travail. Il est d’ailleurs le seul hôpital du pays à en avoir une. Et il a également signé la charte française de la santé mentale au travail.
Pour René Metz, cela n’est pas un hasard si les directions prennent en compte ces sujets : «Au Luxembourg, les dirigeants d’hôpitaux sont des médecins, ils sont donc censés avoir une certaine compréhension du fonctionnement du terrain», appuie-t-il. Et à cela doit s’ajouter «une bonne mentalité d’équipe et d’entraide».
En tout cas, pour les organisateurs de cette journée, une chose est bien acquise : la violence dans les soins ne peut plus être considérée comme une fatalité ni comme un sujet tabou. «Il faut continuer à en parler et à se soutenir mutuellement», affirme Aurélie Lereboulet.