Déi gréng : compter sans s’en laisser conter
Réduits à une sensibilité politique, déi gréng continuent de semer des idées pour l’avenir tout en assurant consciencieusement leur rôle d’opposition et d’arbitres de la démocratie.
Ils ne sont plus que quatre, mais cela ne les empêche pas de se battre pour leurs convictions. Sam Tanson, Djuna Bernard, Meris Sehovic et Joëlle Welfring qui sera bientôt remplacée par Josée Lorsché. Quatre mousquetaires verts, que la sonnerie de recul d’un camion de livraison n’a pas empêchés de présenter leur bilan parlementaire jeudi midi au Pfaffenthal.
De commissions en projets de loi, la sensibilité politique écologiste a partagé ses idées et veillé au respect des droits fondamentaux tout au long de l’année écoulée, ainsi qu’exercé sa fonction de contrôle, résume Sam Tanson. «Nous rappelons le gouvernement à l’ordre, l’aidons à reconnaître les problèmes, à proposer des alternatives et à se poser la bonne question : quel impact nos décisions d’aujourd’hui auront-elles demain?» Et «prenons-nous les bonnes décisions pour l’avenir?»
Pas vraiment, selon déi grèng qui reprochent un manque de transparence et d’honnêteté politique au gouvernement. Les informations seraient livrées au compte-goutte ou en partie seulement aux députés, quand elles ne sont retenues ou réécrites plus favorablement, dénonce Sam Tanson. Des pratiques qui nuiraient à la confiance placée dans les institutions politiques et dans la démocratie.
Se préparer au changement
La sensibilité politique est très critique envers les décisions du gouvernement en matière de finances publiques, d’environnement et de logement. «Notre situation financière est tout sauf robuste. Le fonds monétaire international estime que la dette publique continuera d’évoluer», s’inquiète sa présidente. «Malgré ces prévisions, le gouvernement continue de miser sur les recettes immédiates et une baisse des recettes issues des impôts.» Sans prévoir de mesures de compensation financière.
Le moment serait malvenu pour prendre de tels risques et ne pas prévoir de réserves financières. «L’économie luxembourgeoise dépend du contexte international et quand la conjoncture change, les finances de l’État peuvent en pâtir», analyse la députée verte qui préconise l’élaboration d’un plan permettant de poursuivre les investissements publics, comme la construction de logements abordables par exemple, en cas de ralentissement de la croissance. S’endetter en allégeant les impôts d’un côté et investir de l’autre n’iraient pas de pair.
Les défis environnementaux qui se présentent aux pays d’Europe seraient autant d’exemples défavorables à une telle politique. «Les canicules montrent que nous devons préparer notre pays au changement climatique», constate Sam Tanson. «Et ce, sans opposer la protection climatique aux aménagements climatiques. Nous avons besoin des deux. Nous devons nous préparer aux conséquences du changement climatique tout en les affrontant.»
Et en protégeant les plus vulnérables à travers diverses mesures, comme le leasing social de voitures électriques ou de pompes à chaleur. «Nous ne voulons pas uniquement atteindre nos objectifs climatiques, nous voulons rester un pays vivable en pleine canicule», lance Sam Tanson alors qu’un camion de livraison frigorifique manœuvre à quelques mètres d’elle. Les investissements en matière de logements font également partie de ces adaptations.
Se bâtir un futur au Luxembourg passe par s’y loger. «Ce qui n’est depuis longtemps plus une évidence.» Déi Gréng imagine différentes formes de logements «à la carte» en fonction de leurs destinataires et des moyens de ces derniers sur un sol qui est «une ressource limitée, pas un objet de spéculation». «La priorité doit être donnée aux mesures de régulation» et au marché des logements publics afin notamment de contrôler les prix de l’immobilier. Il en va de l’avenir économique du pays et de son attractivité.
Les quatre députés, flanqués de Tilly Metz à Bruxelles, ont de l’énergie et des idées à revendre. Sur les bancs de l’opposition après des années au gouvernement, ils se veulent force de proposition et poil à gratter bio de la majorité, n’hésitant pas à la remettre en place quand bon lui semble.