Charles Goerens : «Le monde libre n’a plus beaucoup de supporters»
L’eurodéputé Charles Goerens regrette que les électeurs de l’AfD ne puissent pas comprendre que l’UE est quand même le garant de leur liberté, de leur survie économique et politique.
L’AfD c’est le parti que le Rassemblement national juge infréquentable au Parlement européen. Les deux partis d’extrême droite ont rompu les liens en 2024 et les neuf eurodéputés allemands ont été bannis du groupe Identité et Démocratie. Pour Charles Goerens, eurodéputé libéral luxembourgeois, le résultat historique de l’AfD en Saxe-Anhalt, «est absolument insupportable».
Il estime que c’est Poutine et Trump qu’il faut féliciter pour avoir gagné ces élections. «L’AfD est pro-Poutine. Cette campagne électorale a contribué à banaliser l’AfD, et en fait, ce qu’ils veulent, c’est la fin de l’Europe. C’est ce que souhaite Poutine et c’est ce que souhaite également Trump. Sans parler des Chinois qui sont un peu plus intelligents dans leur approche, mais tout aussi hostiles à l’Union européenne», observe désespérément Charles Goerens.
L’AfD propose de couper l’aide militaire apportée à l’Ukraine, alors que l’Allemagne est son premier allié européen dans la guerre menée contre l’armée russe. «Quand il y va de la sécurité, de la souveraineté d’un pays, de la liberté d’un pays et de la liberté de tout le continent, il est inadmissible de se laisser emporter par ce genre de comportement. Ça, c’est absolument le degré zéro de la politique telle que je la conçois», déplore l’eurodéputé, ajoutant que «le monde libre n’a plus beaucoup de supporters».
L’Union européenne désignée comme la cause de tous les malheurs ? «Pourquoi est-ce que nombre de pays comme le Monténégro, la Serbie, l’Albanie, le Kosovo, la Macédoine du Nord, la Moldavie et l’Ukraine aspirent à devenir membres de l’Union européenne au plus vite? L’Union européenne a gardé son attrait à l’extérieur. Cela n’empêche pas quelques-uns de la miner de l’intérieur. Et c’est ce que font l’AfD et les Allemands avec détermination. Ils ne lâchent aucune occasion pour s’attaquer à Bruxelles, aux acquis de l’intégration européenne», commente-t-il.
Charles Goerens regrette que les électeurs ne puissent pas comprendre que l’UE est quand même le garant de leur liberté, de leur survie économique et politique «dans un monde qui est de plus en plus dominé par des prédateurs que sont la Chine, les États-Unis et la Russie».
«S’ils veulent être vassalisés par la Chine au plan industriel, qu’ils y aillent. S’ils veulent être dominés au plan militaire par la Russie, qu’ils y aillent. S’ils veulent ne plus rien avoir à dire au plan politique et au plan de la défense des libertés, alors qu’ils suivent Trump. Ça, c’est du crétinisme de masse», assène-t-il.
Récemment, la presse se faisait l’écho du record de longévité de la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, quatre ans après son élection. Elle aussi est issue des rangs de l’extrême droite. «Il y a quand même une différence entre sa politique et celle de l’AfD à l’avantage de Meloni. Si on parle de miracle économique en Italie, du redressement des finances publiques, c’est avant tout grâce à l’Europe. Donc elle est quand même suffisamment habile pour ne pas couper la main qui la nourrit», analyse-t-il.
«Je me fais plus de soucis pour l’Allemagne que pour la France»
Autre sujet d’inquiétude : l’effort de défense engagé par l’Allemagne qui prévoit d’augmenter massivement son budget pour atteindre 109,7 milliards d’euros en 2027, puis 183,7 milliards d’euros en 2030.
«Avec une direction allemande dominée par l’AfD, partiellement ou exclusivement, que fait ce pouvoir avec l’armée allemande ? Est-ce qu’elle la mettra au service la défense de nos libertés? Je n’en suis pas sûr. Il faut quand même y réfléchir», alerte l’eurodéputé.
«Si on veut, tant soit peu, garantir un avenir serein basé sur les principes inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme ou dans la Déclaration européenne des droits de l’homme ou dans l’article 2 du traité de Lisbonne, alors il faut que les forces politiques pro-européennes s’unissent et trouvent un autre modus vivendi pour travailler ensemble».
Charles Goerens déclare être «complètement dans le désarroi» et craint que l’AfD se répande en Allemagne. «Je me fais plus de soucis pour l’Allemagne que pour la France», conclut-il.