JUSTICE
Un prévenu attaque un juge: «Vous vous croyez cool avec votre costume!»
LUXEMBOURG Etre juge requiert entre autres, un calme olympien, une autorité naturelle et un cuir épais face aux prévenus récalcitrants. Nous en avons eu la démonstration jeudi matin.
«Vous vous croyez cool avec votre costume!», lance Gilles au président de la 12eme chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg qui vient d’ordonner pour la deuxième fois consécutive son expulsion de la salle d’audience en attendant son tour. Plusieurs affaires ont été jugées ce jeudi matin et ce prévenu, particulièrement impatient, avait du mal à conserver son calme et le silence. Il a prétendu répondre aux provocations de son ancienne épouse, également présente dans la grande salle du tribunal d’arrondissement.
Il ne semble pas conscient de l’image qu’il renvoie à ses juges. L’homme de 37 ans est accusé de coups et blessures volontaires sur un mineur de moins de 14 ans, de menaces d’attentat er de harcèlement obsessionnel à l’encontre de son ancienne épouse et des proches de celle-ci. Il se défend sans avocat. «Je n’ai aucune idée de la raison de ma présence ici. Je ne vois pas bien. Je vous ai apporté un certificat», prévient-il le juge.
Une femme l’accuse d’avoir donné deux coups de pieds à son fils le 10 avril dernier à Belval. Dont un sur les parties intimes. Il lui aurait également donné un bonbon contenant du cannabis. Des analyses ont permis de déceler des traces de THC dans l’urine de l’enfant. Gilles conteste ces accusations. Il n’y aurait, selon lui, jamais eu de bonbons, ni de coups. Si ce n’est un petit coup pour rire en lui disant «qu’il me coutait cher» parce qu’il lui avait acheté des Lego.
«L’enfant a reconnu avoir mangé un petit bout de bonbon et les a bien décrits ainsi que leurs emballages», lui oppose la représentante du parquet. La maman confirme avoir récupéré son fils de 10 ans dans un état préoccupant. «Elle ment!», lance le prévenu, très agité, depuis le banc. Il n’aurait même pas eu connaissance de l’existence de telles friandises.
Quant aux menaces, Gilles les reconnait à demi-mot: «Je traversais une période difficile après le divorce. J’avais tout perdu: ma femme, mon fils, ma maison, mon emploi et la vue. Il est probable que j’ai écrit des choses, mais je ne pensais pas à mal.»
«Je m’en fous! J’irai en taule»
Ses propos envoyés grâce à différents canaux virtuels auraient été suffisamment graves pour inquiéter son ex-épouse et la pousser à déposer plainte auprès de la police. «Il me bombardait de messages» entre février 2025 et avril 2026, témoigne-t-elle. «Il a commencé par menacer de suicider, puis est passé aux menaces de mort à mon encontre ainsi que contre mes proches et mon nouveau compagnon.» Gilles l’interrompt alors qu’elle en lit certains et ne la laisse pas finir de s’exprimer. Le juge le rappelle une nouvelle fois à l’ordre et le prévient qu’il encourt une peine de prison s’il est reconnu coupable. Le prévenu s’étonne: «Quoi? De la prison? Pour ça!»
Mais n’en prends pas de la graine pour autant. Il continue d’interrompre tout le monde et de se montrer irrévérencieux. «Vous n’avez rien à me dire! Je n’ai peur de rien!», lance-t-il au juge. Puis, «Je m’en fous. Alors j’irai en taule. Moi aussi, j’ai des droits et je les connais», à la représentante du parquet qui débutait son réquisitoire. Jamais deux sans trois, le président ordonne au policier présent dans la salle de l’escorter jusqu’à la sortie pour rétablir le calme. «Vous vous croyez cool avec votre uniforme! Pussy!», continue le prévenu avant que la lourde porte en bois ne se referme sur lui.
La représentante du parquet a requis une peine de 5 ans de prison et une amende appropriée à l’encontre de Gilles, l’estimant coupable des faits pour lesquels il comparaissait. Elle s’est référé aux témoignages au dossier, dont ceux de la dame intervenue à Belval, ainsi qu’aux copies des messages. La magistrate a eu du mal à lui trouver des circonstances atténuantes étant donné son comportement à la barre.
Le prononcé est fixé au 26 novembre prochain.