UBS n’a rien remarqué : un gestionnaire de fortune accusé d’usage de faux
Un gestionnaire de fortune de chez UBS aurait commis des faux pour cacher des pertes financières à son client et aurait ponctionné les fonds d’un autre pour les couvrir.
Un petit monsieur bien mis arpente nerveusement les couloirs du tribunal d’arrondissement de Luxembourg entre le distributeur de boissons et la salle 0.11. Il a fait le voyage depuis l’Égypte dans le but de récupérer les économies d’une vie. Une partie est bloquées sur un compte bancaire au Luxembourg depuis que les malversations alléguées à son gestionnaire de fortune ont été découvertes.
Le petit monsieur et son compatriote Waleed, le prévenu, avaient fait connaissance au Caire en 2007. Celui était à l’époque business development manager auprès de la banque HSBC à Luxembourg avant de devenir directeur exécutif et directeur jusqu’à l’été 2018 auprès de la banque UBS Luxembourg puis Julius Baer. En 2011, la victime présumée avait accepté de confier 586 000 dollars à Waleed pour les faire fructifier. Quinze ans plus tard, il a arrêté d’espérer un retour sur investissements qui ne viendra plus.
Waleed est accusé de faux en écritures, d’usage de faux, de violation du secret professionnel, d’abus de confiance et d’escroquerie. Il conteste absolument tout et se défend en assurant avoir toujours respecté les procédures en vigueur ou avoir agi selon les «pratiques communes du milieu financier».
Le prévenu aurait mal géré les investissements de son client et lui aurait fait perdre une bonne partie de l’argent qui lui avait été confié. Plutôt que de reconnaître qu’il avait pu être un mauvais gestionnaire, il aurait ponctionné les investissements d’un client beaucoup plus fortuné – qui lui avait confié la gestion de 5 millions de dollars – pour renflouer sa victime présumée.
Un faux contrat de vente
Cette dernière ne s’était rendue compte de rien. «Elle ne recevait ni e-mail ni extraits de compte qui étaient poste restante à la banque. Il faisait confiance à Waleed», explique Me Prum, son avocat. Tout ce passait à l’oral et la victime présumée faisait confiance au prévenu. «À un certain moment, mon client voulu rapatrier 160 000 dollars en Égypte. L’argent n’était pas disponible.»
L’homme commence à douter. Waleed lui avait assurer disposer de 491 000 euros et il n’en aurait subsisté que 120 000, puis 60 000. Pour que la transaction passe inaperçue auprès d’UBS Luxembourg, Waleed est accusé d’avoir établi un faux contrat de vente d’un appartement fictif au Caire entre les deux clients qui ne se connaissaient pas. «Mon client qui n’avait rien remarqué, récupérait son argent. Le prévenu a commencé à travailler chez Julius Bear», poursuit Me Prum.
Mais entretemps, son richissime client avait remarqué que des fonds manquaient. Une enquête a été lancée et les fonds de la victime présumée ont été saisis par la justice. UBS Luxembourg a dédommagé son richissime client, mais pas celui de Me Prum.
La banque UBS s’est portée partie civile. Elle revendique l’argent qui a servi à dédommager son client et dont une partie se trouve sur le compte bloqué du petit monsieur. «La banque UBS doit, selon nous, lui restituer sa mise initiale», indique l’avocat, convaincu que la banque n’avait «aucun contrôle sur son gestionnaire» comme le dossier répressif le démontrerait. «La banque n’a rien remarqué. Il n’y a pas eu d’alerte.»
Le dossier répressif soulèverait également d’autres points douteux pour lesquels il n’est cependant pas accusé dans cette affaire. Waleed qui incrimine les fluctuations des marchés, apparaît comme un mauvais gestionnaire qui n’a pas hésité à commettre des faux pour couvrir ses erreurs. On peut toutefois se demander quel était son intérêt à agir de la sorte.