Metz : «Il l’a traitée comme un objet»

Un Tchadien de 28 ans a été jugé pour des faits de viols et d’agressions sexuelles répétés à l’encontre d’une adolescente dans une chambre d’hôtel en Allemagne il y a deux ans.

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Dans ses réquisitions, l’avocate générale a souligné «le courage» de la victime.
Dans ses réquisitions, l’avocate générale a souligné «le courage» de la victime.

«On s’est embrassé», «on a fait l’amour». À l’écouter, on pourrait croire qu’il s’agit d’une romance partagée. Pourtant, il n’en est rien. L’homme qui prononce ces mots est accusé de viols et d’agressions sexuelles sur une mineure âgée de 15 ans. Une adolescente qu’il alpague dans la rue en juillet 2024, alors qu’elle est en fugue du foyer La Campanella, à Forbach où elle loge. Puis tout s’enchaîne. Le duo file en Allemagne en train. Transport, nourriture, nuit d’hôtel et manucure… L’homme, âgé de 26 ans à l’époque, lui paye tout. Non sans contrepartie.

Durant la nuit, il lui impose des pénétrations ainsi qu’une fellation. Le tout sans protection. Craignant de se faire réprimander par les éducateurs du foyer si elle y retourne, l’adolescente opte pour le silence et reste aux côtés de son agresseur. Le lendemain, il la conduit chez lui, peu de temps avant que les policiers qui enquêtent sur sa disparition ne frappent à la porte. Le 3 août, à sa demande, elle est auscultée par le service pédiatrie de l’hôpital Marie-Madeleine de Forbach… Puis par un médecin gynécologue qui constate des lésions traumatiques.

Malgré les témoignages circonstanciés de la plaignante corroborés par les examens médicaux, l’accusé reste campé sur sa défense. Ce mardi, face aux magistrats, il déclare : «Pour moi, elle était consentante […] J’étais défoncé et j’avais bu, mais je me souviens qu’elle a commencé à m’embrasser. C’est elle qui m’a fait l’amour.»

Des propos qui font bondir Anne-Yvonne Flores, la présidente de l’audience. «Être défoncé est plutôt un élément qui aggrave la situation. Faire l’amour, c’est faire quelque chose à deux, avec un équilibre. Est-ce que vous pensez qu’elle a pris du plaisir?» «Je ne sais pas.» Lorsqu’il est poussé dans ses retranchements, le jeune homme minimise, voire se braque. «Je ne veux pas répondre à ça.»

Un comportement retrouvé dans le compte rendu de la psychiatre, le Dr Wagner, qui l’a rencontré. «Il est impulsif et a une faible tolérance à la frustration. Il est impatient, immature et présente un risque de récidive non négligeable.» En revanche, l’experte ne relève ni altération ni abolition de son discernement.

«Elle a rencontré le diable»

L’avocate générale a demandé aux juges de condamner l’accusé à douze ans de réclusion criminelle. Au terme d’un court délibéré, la cour criminelle de Moselle a décidé de suivre les réquisitions. «C’est une fille naïve et vulnérable, mais pour autant pleine de bonté. Et elle a rencontré le diable», plaide Me Anne Drui, avocate de l’adolescente.

Pour elle – comme pour les psychologues et les psychiatres qui se sont entretenus avec sa cliente –, la victime n’avait «pas de codes sociaux sexuels». «Quand on lui a demandé si son agresseur avait un préservatif, elle ne savait pas ce que c’était. Elle ne savait pas non plus qu’elle risquait de tomber enceinte ou de contracter une infection sexuellement transmissible.»

L’avocate générale Élodie Derlon abonde : «Il y a un fossé entre sa candeur et la vulgarité des faits. Elle s’est sentie aimée par l’accusé. Aujourd’hui, je souhaite saluer son courage d’être présente à l’audience.» A contrario, elle fustige l’emprise du jeune homme. «Il a abusé d’elle de la façon la plus odieuse qui soit. En lui payant à manger et en lui offrant des cadeaux. Il lui disait qu’il l’aimait, mais l’a traitée comme un objet. C’est un prédateur qui choisit des proies faciles», appuie-t-elle, faisant référence à d’autres procédures en cours pour des faits similaires dans lesquelles figure le mis en cause.

Avant de céder la parole à l’avocat de la défense, Élodie Derlon requiert douze ans de réclusion criminelle à l’encontre de l’accusé, qui n’extériorise aucune émotion. Dans l’après-midi, au terme d’un court délibéré, la cour criminelle de Moselle a décidé de suivre les réquisitions de l’avocate générale. Ibrahim, jugé pour des faits de viols sur une mineure de 15 ans en juillet 2024, a été condamné à douze ans de réclusion criminelle avec maintien en détention. À sa sortie de prison, l’homme de 28 ans né au Tchad devra quitter le territoire national avec l’interdiction définitive de revenir. Le tribunal n’a pas prononcé l’obligation de soin.

À l’annonce du verdict, Me Christian Mendy, avocat de la défense, semblait sonné et ne savait pas s’il allait faire appel.

B. E. (Le Républicain lorrain)

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