Le parquet requiert 10 000 euros d’amende contre Enrico Lunghi

Enrico Lunghi reprend du service face aux juges. Cette fois, avec sa compagne, Catherine Gaeng. Ils sont accusés de violation du secret de l’instruction et de recel de ce dernier.

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Enrico Lunghi et son épouse se défendent d'avoir violé le secret d'instruction. Ils avancent entre autres une incompréhension des textes de loi pour leur défense.
Enrico Lunghi et son épouse se défendent d'avoir violé le secret d'instruction. Ils avancent entre autres une incompréhension des textes de loi pour leur défense.

La prévenue est accusée d’avoir dévoilé des documents du dossier de l’instruction dans un livre qualifié par son époux de «tentative impuissante de rétablir les choses». Un livre qui n’a pourtant fait que jeter de l’huile sur le feu qui couvait. Ces dix dernières années, les deux parties – Marc Thoma, Sophie Schram et la direction de RTL, d’un côté; Enrico Lunghi et Catherine Gaeng, de l’autre – ne cessent de se rejeter la responsabilité de ce qui a failli tourner à l’affaire d’État.

S’il n’y avait pas eu le reportage, si Sophie Schram avait mieux négocié son interview, si l’ancien directeur du Mudam avait été davantage maître de ses émotions, si RTL avait traité l’affaire différemment, si le Premier ministre ne s’en était pas mêlé… Pour un observateur extérieur, c’est l’œuf ou la poule.

Dans la présente affaire, il y va d’un des principes fondamentaux de la justice : le secret de l’instruction. Il impose la confidentialité des informations d’une enquête judiciaire et garantit la présomption d’innocence, la vie privée et l’efficacité des investigations. Or, dans son livre publié à 600 exemplaires et toujours en vente malgré l’affaire en cours, la compagne d’Enrico Lunghi est accusée d’avoir recopié des passages entiers du dossier d’instruction fourni par ce dernier.

Pour sa défense, l’ancien directeur du Mudam explique ne pas s’être douté que sa compagne allait rédiger un livre sur l’affaire avec les documents qu’il lui avait remis pour les classer. Son avocat de l’époque, Me Bauler, leur aurait conseillé de ne pas publier le livre avant la fin de l’instruction. «Je ne me suis plus inquiété», explique-t-il. «Je n’ai rien diffusé à un tiers.» Or le livre est sorti en mai 2021 et l’instruction a été clôturée cinq mois plus tard.

«Un cogneur de femmes»

«Je ne me sens pas coupable. Je lui ai donné à classer et elle en a fait un livre», précise Enrico Lunghi avant d’ajouter que «son amour depuis quarante ans» n’était pas «un tiers», mais «sa moitié», qui l’a vaillamment aidé à traverser le scandale du reportage controversé diffusé sur RTL. Le 3 octobre 2016, la chaîne de télévision nationale montrait le prévenu s’emportant face à une journaliste dans l’émission De Nol op de Kapp.

«Ce soir-là, il est devenu un cogneur de femmes et moi, j’étais mariée à un cogneur de femmes», explique Catherine Gaeng qui regrette «l’acharnement de RTL» et «l’absence d’excuses» de la part de la chaîne. Le couple a profité de l’audience de ce mardi matin face à la 18e chambre correctionnelle d’arrondissement de Luxembourg pour vider son sac sur les retombées de l’affaire sur leur vie.

«Vous savez ce que cela fait d’entendre ou de lire que la personne que vous aimez est traitée de tous les noms», témoigne-t-elle. «Les gens doivent savoir jusqu’où une télévision peut aller. (…) Je n’ai fait que révéler la vraie nature de l’affaire.» Tout en pensant la procédure d’instruction close, ayant, dit-elle, mal interprété la loi.

«Mon projet était d’aller jusqu’au bout pour ne publier le livre qu’à la fin de l’affaire», explique Catherine Gaeng. Mais les recours s’accumulant et la date du procès ayant été repoussée, elle a décidé de publier son livre «quand même». «Je ne croyais pas qu’il y aurait une fin. Nous sommes en 2026 et ce n’est toujours pas réglé.»

Des amendes et de la prison

Cette défense, ni les parties civiles ni le parquet n’y adhèrent. «Ils mélangent leur vérité avec la vérité et sont convaincus d’avoir raison», estime Me Lorang. «Ils ont pris la justice dans leurs propres mains.» «Ils n’ont pas pu attendre que la justice face son travail», constate Me Baulisch. Comme Me Lutgen, il évoque une «affaire de principe fondamental du droit» et «une théorie du complot» qui ne tient pas debout. «La démission de Monsieur Lunghi était imprévisible», avance Me Lutgen.

En plus d’avoir dévoilé des informations confidentielles à un moment inopportun, le couple a piétiné la vérité judiciaire «en voulant se faire justice eux-mêmes» du point de vue du procureur qui leur reproche de ne pas «parvenir à se sortir de l’aspect émotionnel» de l’affaire pour tourner la page. Le magistrat peine à croire qu’Enrico Lunghi n’a pas soutenu son épouse dans son entreprise. Il requiert une amende de 10 000 euros à son encontre pour violation du secret de l’instruction ainsi que 5 000 euros et 12 mois de prison avec sursis contre Catherine Gaeng pour recel du secret de l’instruction.

Les avocats des deux prévenus prendront position ce mercredi matin.

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