Insécurité : pas de répit pour le Pfaffenthal
Les délinquants ne prennent pas de vacances. À Luxembourg, les habitants du Pfaffenthal ont pu le constater à leurs dépens cet été. Les méfaits se sont accumulés même en plein jour.
En juillet dernier, la Ville de Luxembourg nous indiquait par le biais de son service de communication qu’elle était «consciente de la situation dans le parc Odendahl et au Pfaffenthal et se concert(ait) sur ce point avec la police». La police, elle, nous répondait que «la situation au Pfaffenthal n’est pas différente de celle d’autres quartiers de la capitale». «Comme partout, il y a des phases lors desquelles certains incidents arrivent plus fréquemment», notait un porte-parole. «La police adapte sa présence et ses interventions à la situation et aux besoins du terrain quand les analyses et les informations concrètes l’exigent.»
Deux mois plus tard, aucune amélioration n’est en vue, selon les habitants de ce quartier autrefois paisible niché au cœur de la capitale. Ils ont créé un groupe de vigilance sur WhatsApp dans lequel les témoignages s’accumulent. La Ville de Luxembourg n’a pas répondu à nos nouvelles sollicitations.
Jean-André, ancien président du syndicat d’intérêts locaux Pfaffenthal-Sichenhaff, témoignait le lundi 7 septembre : «Une habitante du 1, rue Laurent-Menager m’a rapporté que ses voisines du rez-de-chaussée et du premier étage ont été cambriolées à trois reprises ces trois derniers week-ends. Des squatteurs se seraient installés dans une maison vide en face de la leur. Elles ont prévenu la police, sans grand résultat.»
Julie, elle, rapporte des faits dont elle a été témoin le mercredi 2 septembre en attendant le bus : «Un homme en t-shirt rouge est sorti sous mes yeux par la fenêtre cassée de la maison voisine de la salle Don Bosco dans la rue Vauban, qui est actuellement inhabitée.» Et ce, en pleine journée. Marie-France y a déjà repéré des mouvements en pleine nuit. «Des faisceaux de lampe torche.»
D’autres habitants du quartier signalent des cambriolages, des fenêtres brisées, des tentatives avortées de s’introduire dans des maisons en pleine journée, des voitures cambriolées, des personnages plus ou moins louches dans les rues étudiant les boîtes aux lettres… Le tout souvent filmé par les caméras embarquées de certains modèles de voiture.
Carsten nous montre une de ces vidéos sur laquelle apparaît une jeune femme qui tente sa chance aux portes des maisons et aux portières des voitures. Ce riverain précise : «Il était 9 h du soir et cela s’est passé rue du Pont, devant le restaurant qui était ouvert.»
«J’ai mis un homme en fuite qui prétendait chercher un ami qui vivrait dans mon immeuble. Quand je lui ai demandé le nom de cet ami pour l’aider à le retrouver, il n’a pas été en mesure de me le donner. J’ai alors proposé de prévenir la police pour lui rafraîchir la mémoire. Il a déguerpi sans demander son reste», raconte Félicie, qui reconnaît avoir acquis une certaine pratique en la matière ces dernières années.
Des squatteurs dans le jardin
Timon indique sur WhatsApp qu’un individu aurait eu le culot de lui demander de lui prêter une échelle pour s’introduire par une fenêtre du premier étage dans une maison à vendre rue Mohrfels! Jean-André avait déjà prévenu la police le 16 août après avoir remarqué que la porte de la bâtisse était grande ouverte.
Évelyne confie qu’un couple s’est installé dans la cabane où sa famille élève des pigeons de concours depuis plusieurs générations. La police s’est déplacée à trois ou quatre reprises pour expulser les individus, qui n’ont pas hésité à revenir en brisant les chaînes et les cadenas fermant la porte du local du petit jardin communal. Selon cette habitante du quartier, la police aurait saisi une foultitude d’objets volés dans des magasins de la capitale qui étaient en leur possession.
«Ça n’a heureusement duré que quelques jours», complète Marc. «Nous nous sommes aperçus de leur présence parce qu’ils laissaient couler un robinet. L’eau dégoulinait le long des marches jusque sur la route.» Actuellement ne subsistent du passage de ce couple «de Roms» qu’un tas de vêtements et de la fibre isolante pour toiture. «Ils devaient dormir dessus», pense Marc. «J’ai pris contact avec le service hygiène de la commune pour faire enlever tout cela.»
En réaction, dans le quartier, on se barricade, on évoque la possibilité d’installer des caméras de surveillance et on n’est plus guère rassuré face aux personnes étrangères au Pfaffenthal. Certains ont installé des systèmes d’alarme, d’autres comptent sur leur bonne étoile ou sur leur chien.