Chambre correctionnelle : «Dealeur malgré lui!»
Trois dealeurs présumés ont comparu face à la 7e chambre correctionnelle, mardi. Ils reconnaissent peu ou prou avoir vendu des stupéfiants en plus ou moins grandes quantités.
«Je l’ai fait pour payer les études de mon fils de 16 ans au Nigeria», rapporte Aliu, 41 ans, à la 7e chambre correctionnelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg mardi après-midi. «Je dois verser 420 euros trois fois par an.» «Il n’y a pas d’écoles publiques au Nigeria? C’était pour acheter un stylo et du papier? Une boule aurait dû suffire?», lui répond le juge qui comprend mal le fonctionnement du système scolaire nigérian.
Le 15 février dernier, il a proposé une boule de 4 grammes de cocaïne à de potentiels clients dans le quartier Gare à Luxembourg. Constatant leur intérêt, il a ajouté qu’ils pouvaient en avoir cinq de plus, s’ils le souhaitaient. Manque de chance, les clients en question étaient des policiers en civil.
Au moment des faits, le prévenu venait de sortir de détention préventive où il avait été placé pour des faits similaires survenus un an plus tôt. Il avait été condamné pour ces faits en mai dernier. «Je ne vends pas de stupéfiants tous les jours. Je vis également de travaux au noir entre Metz et Thionville», se défend Aliu qui encourt une peine de 20 mois de prison et une amende appropriée pour la vente de stupéfiants.
Petites quantités
Sans domicile fixe, Richard est hébergé par sa grand-mère en attendant de trouver un emploi. De préférence dans la restauration. «Je connais pas mal de gens dans le milieu», précise le jeune homme d’une vingtaine d’années à la barre. Son avocat, Me Schonckert, a accepté d’assurer sa défense à condition qu’il se démène pour remettre de l’ordre dans sa vie et dans ses papiers.
Ces dernières années, il se serait contenté de vendre de la marijuana «en toutes petites quantités» pour subvenir à sa propre consommation et à ses besoins. Des messages échangés avec des consommateurs prouvent son activité illicite et le témoignage de sa petite amie va éclairer les policiers. Le prévenu utilisait Instagram pour appâter ses clients et aurait vendu «des doses de 1 à 5 grammes» de marijuana «cinq fois par jour en hiver» et «quinze fois par jour en été».
Jusqu’à ce qu’un témoin le dénonce à la police le 4 septembre 2024. Les agents ont commencé par surveiller son trafic avant de le pincer en possession de 41 grammes de marijuana et 95 euros en sa possession. Ils venaient d’observer une transaction pour 10 euros. Le parquet a requis une amende et 18 mois de prison à son encontre.
Son avocat a plaidé en faveur d’un travail d’intérêt général. De préférence avec d’anciens toxicomanes «pour qu’il constate les effets de la consommation de stupéfiants sur les consommateurs».
Un dealeur présumé sous pression
Le prévenu suivant reconnaît quant à lui être un consommateur occasionnel d’héroïne mais pas un dealeur. Un témoin a cependant dénoncé à la police un deal de drogue dans les WC du Cactus à Bascharage le 26 mars dernier. Interpellé par la police, il a été relâché faute de preuve.
Son client présumé et un autre homme ont cependant indiqué aux policiers avoir acheté chacun une boule d’héroïne. Le client présumé a ajouté que le prévenu lui avait vendu des stupéfiants à trois reprises par le passé.
Le trentenaire a continué de nier. «Il m’a demandé à trois reprises si je pouvais le dépanner», indique le prévenu. «Je lui ai dit que je n’avais rien et je ne lui ai rien vendu. Il m’a menacé de me dénoncer à la police si je ne lui vendais rien.» Le président de la chambre correctionnelle insinue qu’il est devenu «dealeur malgré lui!».
Pour sa défense, Elsino raconte qu’il avait craqué et «vendu sa dose personnelle pour 20 euros» pour avoir la paix. Le procureur a requis une peine de quinze mois à son encontre et a fait abstraction d’une amende.
Les prononcés sont fixés au 15 octobre.