Vendanges : «Il est impossible de faire des prévisions aujourd’hui»

Paul Thill, contrôleur pour l’Institut viti-vinicole, explique pourquoi la sécheresse et les fortes chaleurs empêchent toute prévision de vendanges cette année au Grand-Duché, tout en forçant les vignerons à repenser l’avenir.

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Hormis les pieds de vignes anciens, le vignoble luxembourgeois est en stress hydrique, ce qui ralentit la croissance du raisin.
Hormis les pieds de vignes anciens, le vignoble luxembourgeois est en stress hydrique, ce qui ralentit la croissance du raisin.

En France, le ministère de l’Agriculture a renoncé à ses traditionnelles prévisions de début août pour les vendanges. Qu’en est-il au Grand-Duché?

Paul Thill : Nous n’avons pas établi de prévisions non plus, puisque, normalement, nous nous basons sur les expériences des années précédentes. Lorsque nous avons la date de floraison, nous savons que nous pouvons commencer les vendanges 100 jours plus tard.

Ceci est vrai pour une année normale, où l’on a quand même un peu de pluie. Cette année, de telles températures et une telle sécheresse, c’est tout de même nouveau. Nous avions vécu un peu la même chose en 2003 et en 2018, mais c’était quand même différent.

En 2018, nous étions préparés à faire les vendanges et tout le monde pensait que nous allions faire du bon vin, mais pas beaucoup. Finalement, la grandeur du volume du jus des raisins était très surprenante. C’était la première année des trois grands crus, avant 2019 et 2020.

Pour 2026, il est donc très difficile de faire des prévisions puisqu’il a fait plus chaud et sec qu’en 2018. Il est impossible de prédire l’acidité, le volume du jus ou la pose aromatique. Ce que nous savons, par contre, c’est que les vignobles sont sains, que nous n’avons aucune pression des maladies fongiques.

Serait-ce possible de battre le record de précocité avec des vendanges à la mi-août?

Il faut dire que nous ne sommes jamais à la recherche d’un record, nous préférons largement commencer les vendages après la mi-septembre. Même si une année chaude est rarement une mauvaise année en termes de qualité, il faut tout de même que les raisins aient le temps de grandir et de développer leur profil aromatique, ce qui se produit avec des journées chaudes et des nuits froides comme c’est le cas en septembre.

Sinon, chaque vigneron choisit sa date de vendanges, cela dépend de leur philosophie. Certains sont plus nerveux et veulent avoir rapidement quelque chose dans leur cave et d’autres vont plutôt attendre que le raisin soit bien mûr. Dans tous les cas, nous ne pouvons pas faire de prévisions aujourd’hui.

Quel est le risque pour le raisin d’être exposé à de telles chaleurs et à la sécheresse comme cet été?

Nous constatons que les raisins n’évoluent pas ou alors très lentement. Normalement, à cette période de l’été, le vignoble commence à tirer de l’eau pour donner du jus aux raisins et qu’ils grossissent. Et pour l’instant, le vignoble ne le fait pas, car il est en stress hydrique et qu’il doit rationnaliser toute l’eau qu’il a.

Les vignobles anciens plantés il y a 30 ou 40 ans, comme l’auxerrois par exemple, ont, eux, tout de même des raisins que l’on peut déjà manger grâce à leurs racines profondes. Cependant, deux jours de pluie peuvent tout changer. Si l’on reçoit 30 litres de pluie en deux jours et que les températures sont entre 28 et 30 °C, tout va exploser.

En 2023, un vignoble d’expérimentation avec des porte-greffes méridionaux plus résistants à la sécheresse avait été lancé. Avez-vous déjà des résultats?

Non pas encore. Le tronc est planté mais la plante a, elle, besoin de trois à quatre années pour donner du raisin. Et avec un pied de vigne aussi jeune, il faut l’irriguer afin de garantir qu’il ait assez d’eau pour grandir, surtout cette année. Il faut attendre quatre ou cinq ans avant qu’il survive de lui-même à un été comme aujourd’hui.

Toujours est-il qu’il faut faire les bons choix pour avoir des bois, sur lesquels on greffe les cépages, qui soient plus résistants aux sécheresses. Cela fait partie de l’évolution du savoir-faire des vignerons afin de s’adapter au changement climatique.

En tant qu’institut, vous conseillez les vignerons sur les meilleurs porte-greffes à adopter?

Naturellement, nous leur recommandons d’avoir des porte-greffes adaptés à la réalité mais nous ne faisons pas nous-mêmes une sélection des meilleurs. Ce sont de grandes écoles, comme Geisenheim ou Bordeaux, qui sont vraiment à la recherche de nouveaux porte-greffes. Cela se fait dans les stations avec une très grande diversité et multitude de porte-greffes.

Paul Thill ne peut pas faire de prévisions sur la qualité des raisins en raison des conditions météo exceptionnelles cet été.
Paul Thill ne peut pas faire de prévisions sur la qualité des raisins en raison des conditions météo exceptionnelles cet été.

Des vendanges lancées dès cette semaine

Le Luxembourg pourrait connaître un lancement des vendanges dès cette semaine selon les informations de nos confrères du Land. Une précocité qui n’est pas surprenante. Les vignerons du Bordelais ont ainsi donné jeudi 6 août leurs premiers coups de sécateur avec la récolte des raisins destinés aux crémants, traditionnel coup d’envoi d’une vendange 2026 qui s’annonce la plus précoce de l’histoire.

Alors que la récolte 2025 avait débuté dès la mi-août à Bordeaux, avec déjà un peu d’avance sur le calendrier habituel, «c’est une précocité jamais connue et probablement dans tous les vignobles français», a déclaré Bernard Farges, président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux. «On est presque 15 jours plus tôt que l’an passé, qui était déjà tôt par rapport à il y a 20 ou 30 ans.»

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