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Quand la danse prend quatre roulettes
À Sandweiler s’exprime une tendance reine fin des années 70 : le patin à roulettes. ROSK a tout juste un an mais compte plus de 60 membres, adeptes de la pratique seule ou en danse.
Entre deux salles où résonne le claquement des balles de squash, il existe, au Top Squash de Sandweiler, une salle de danse. Equipée d’un grand miroir caractéristique de ces lieux ainsi que de barres parallèles le long du mur, il y a un dimanche sur deux de 16 à 18 h, un cours de danse, un peu spécial. Un cours où les ballerines sont troquées contre des patins à quatre roulettes : bienvenue dans un cours de rollerdance signé Roller Skates Club ou plus simplement ROSK!
Certains arrivent les patins à la main, d’autres avec des valises pour transporter soigneusement leurs indispensables. Bien plus qu’un outil, ils sont surtout personnalisables : qu’ils soient turquoise, doré, en daim, en nubuck ou parfois même équipés de LED dans les roues, il y en a pour tous les goûts et personnalités.
Ils sont seize danseurs ce jour-là : quinze filles et un garçon. Un chiffre qui surprend la professeure du jour, Ania Bator : «C’est le plus gros effectif qu’on ait eu depuis la création de l’ASBL.» Preuve d’un engouement grandissant pour cette discipline hybride.
Une heure trente de répétion de dix mouvements
Avant même de penser chorégraphie, il faut apprendre l’essentiel : tomber. Conseil numéro un : tomber en avant, sur les mains, plutôt que sur le coccyx. Des protections pour les paumes et les genoux sont d’ailleurs distribuées aux débutants. Ici, la chute n’est pas un échec, tomber s’apprend, se répète et permet d’éviter de graves blessures.
Une fois cette peur apprivoisée, vient le vrai défi : l’équilibre. Les trente premières minutes y sont consacrées. Lors de cet échauffement, rythmé par des déplacements simples, composés de pas chassés et de «in, in, out, out» scandés en cadence. Les corps hésitent, se déplacent sans qu’on le veuille, tremblent, puis peu à peu, quelque chose se met en place. Comment? En grande partie grâce au tonus mais surtout à la bienveillance d’Ania Bator, ou de Sarah Follman qui la seconde.
Après cette demi-heure, Ania met en place la suite : la chorégraphie. «D’abord on se concentre sur le bas du corps», insiste-t-elle. Puis le compte fuse : «5, 6, 7 et 8!». Une dizaine de mouvements sont assemblés les uns après les autres et formeront une boucle, «une loop» à répéter encore et encore jusqu’à la fin de l’heure trente de cours. Chaque geste s’ajoute au précédent, chaque passage affine sa mémoire musculaire. On apprend d’abord à placer les pieds, puis à danser : «une fois qu’on est à l’aise avec le bas, on laisse le haut aller», indique Ania, scrutant les progrès de ses 16 élèves.
«Ça travaille tout»
Entre deux gestes ou pendant une pause boisson, les conseils fusent. On se corrige, on s’encourage, alors même que la plupart des participants ne se connaissaient pas trente minutes plus tôt.
Parmi elles, Pauline, jeune maman, doit quitter le cours une demi-heure avant la fin pour s’occuper de son bébé. C’est justement avec ce cours qu’elle compte reprendre le sport. «C’est super pour le périnée», affirme-t-elle avec humour. Pour un tout premier cours, elle est venue sur les conseils de son amie Aviva Rübel, fidèle à ROSK depuis un an. Ancienne pratiquante de roller en ligne, dit «in-line», qu’elle décrit comme «plus léger et plus maniable», elle a d’abord été déstabilisée par ces deux rangées de roulettes. «Mais ça rend le challenge plus cool!» assure-t-elle. Elle se tournera sans doute vers un cours débutant : celui-ci, bien qu’annoncé tous niveaux, «était tout de même exigeant».
Céline est venue avec Alix, sa fille de 11 ans et c’est déjà leur deuxième fois. Céline a découvert le club via les réseaux sociaux et lors d’un «Roller Disco» organisé au GRIDX. Sa fille, elle, est «tombée dedans» naturellement, influencée par sa sœur et sa pratique du patin artistique. «Ça travaille tout», résume Céline. Elle se souvient aussi que le roller était plus populaire quand elle était jeune : elle avait essayé, et en avait gardé un souvenir de plaisir.
Pour Ania, il n’y a pas vraiment de préalable culturel au Luxembourg. «C’est plus un pays de vélo», reconnaît-elle, «mais les Luxembourgeois sont curieux. Ils aiment apprendre des disciplines originales.» Le succès croissant de ces cours semble lui donner raison.
À la fin, quand les patins sont rangés et que les chaussures reprennent leur place, les jambes tremblent encore. Une étrange envie de s’élancer persiste, puis s’estompe doucement. Elle laisse place à une légère déception : celle d’avoir quitté trop vite ces quatre roues qui, pendant une heure et demie, ont offert une autre manière de bouger et de danser!