Marché d’Esch-sur-Alzette : «On y tient à nos habitués!»

Le marché bihebdomadaire d’Esch a fait sa rentrée vendredi. Après un été marqué par la sécheresse et la canicule, les marchands ont retrouvé leur clientèle.

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Chez Goldfruits, plus que la mauvaise récolte de cet été, ce sont les crises successives qui nuisent au commerce.
Chez Goldfruits, plus que la mauvaise récolte de cet été, ce sont les crises successives qui nuisent au commerce.

C’est l’heure de la rentrée pour eux aussi. Après les élèves en début de semaine, les marchands ont retrouvé leurs étals sur la place de l’Hôtel- de-ville d’Esch-sur-Alzette. L’occasion pour la commune de célébrer ça autour d’un verre. «C’est une tradition que nous avons toujours en septembre après la petite pause de l’été», explique Jeff Burg, le président de Lëtzebuerg Maarteverband. Car si le marché ne s’est pas complètement arrêté durant la période estivale, l’activité s’est tout de même fortement ralentie tant du côté des commerçants que des clients. «C’est aussi une manière de remercier tous les gens qui font vivre le marché», ajoute le bourgmestre d’Esch, Christian Weis.

Après un été marqué par les canicules successives qui ont nui à de nombreux agriculteurs, les commerçants avaient sans doute besoin de ce réconfort. Mais pour le moment, la sécheresse ne semble pas impacter particulièrement les prix de leur marchandise. Pour eux, c’est plutôt l’accumulation des différentes crises ces dernières années qui nuit au commerce. Présente depuis 30 ans à Esch avec Goldfruits, Margalida Dias a vu les habitudes de consommation évoluer au fil du temps. «Avant, nous avions 460 clients dans la journée; aujourd’hui, ils ne sont plus que 106», estime la maraîchère originaire de Bettembourg. En cause, le désintérêt des jeunes pour les produits frais du marché et le vieillissement de la clientèle.

«Les gens achètent différemment»

Si le nombre d’acheteurs diminue, le panier de courses a fondu lui aussi. C’est le constat chez Les dents de la mer, présents eux aussi depuis de nombreuses années dans la Métropole du fer. «Il y a moins de monde et les gens sont beaucoup plus regardants sur les prix», indique le poissonnier. Seule embellie, de plus en plus de consommateurs souhaitent se tourner vers le local. Une offre qui séduit toutes les générations soucieuses de la qualité de leurs produits. «Les gens achètent différemment, analyse Jeff Burg. La clientèle veut consommer plus régional.»

Présente depuis huit ans sur la place de l’Hôtel-de-Ville, Evelyne Zoller constate cet engouement pour les circuits courts. «Il y a plus de clients qui cherchent des produits locaux. Et pas seulement des personnes âgées mais aussi des jeunes, notamment des parents», affirme cette apicultrice venue de Differdange. «Certains préféreront acheter un pot de miel local ici à 10 euros plutôt qu’à 7 euros au supermarché.»

Si la crise impacte une bonne partie des marchands, ils ont malgré tout de quoi garder encore un peu espoir. Ils peuvent en effet compter sur quelques clients toujours fidèles au poste. Même si elle connaît des périodes plus calmes, notamment en été, Evelyne Zoller a toujours des personnes qui ne peuvent pas se passer de miel. «Il faut toujours qu’ils aient un pot dans leur placard.» Margarida Dias retrouve elle aussi des têtes bien connues chaque semaine. «On y tient à nos habitués!» D’autant que la relation avec eux est bien plus que commerciale. «Quand ils ne viennent pas, on s’inquiète. On leur demande où ils étaient quand on le revoit.» Pour certains, c’est aussi une manière de maintenir un lien social de plus en plus fragile avec les années. «Il y a beaucoup de gens qui souffrent de la solitude.»

Cette relation, qui permet aussi de mieux conseiller les clients, reste un aspect de leur travail que les commerçants souhaitent continuer à défendre. «C’est la plus-value du marché, rappelle Jeff Burg. C’est quelque chose qu’ils ne trouvent pas en supermarché. Nous sommes aussi un point de rencontre.» En témoigne le nombre de gens qui convergent chaque mercredi et vendredi devant l’hôtel de ville. «Le vendredi matin est l’un des jours où il y a le plus de monde dans la rue de l’Alzette, observe Christian Weis. Ça génère de l’attractivité, on est fier de notre marché.»

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