[Luxembourgeois, ils vivent à l’étranger]

«Les Viennois sont très attachés à la culture et aux traditions»

Ils ont fait le choix de vivre hors du Grand-Duché pour le travail, les études ou l’amour. Rencontre avec ces Luxembourgeois expatriés. Pour ce premier numéro, rendez-vous avec Marie-France Goerens, une artiste installée depuis 30 ans à Vienne.

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Marie-France Goerens est artiste à Vienne.
Marie-France Goerens est artiste à Vienne.

Le soleil de la fin d’après-midi tape sur les façades blanches des immeubles au style haussmannien de Vienne. Marie-France Goerens a installé son atelier en 2014 dans le quartier résidentiel du Belvédère. C’est ici qu’elle réalise ses œuvres contemporaines. La Luxembourgeoise, native de la capitale, est arrivée dans les années 1990 à Vienne pour ses études. À l’époque, elle souhaitait être vétérinaire. Mais après son mariage et la naissance de ses trois filles, elle décide de changer de voie. «J’étais mère au foyer et comme j’étais à la maison, j’avais envie de reprendre mes études. L’art m’avait toujours attirée», confie-t-elle. Elle réussit alors à décrocher une place dans la prestigieuse université des arts appliqués de Vienne. Elle travaille notamment aux côtés d’Erwin Wurm, un artiste autrichien de renom.

«Une reconnaissance assez incroyable»

Tout juste après la fin de ses études, elle est repérée par un collectionneur autrichien, Herbert W. Liaunig, célèbre pour avoir constitué l’une des plus grandes collections privées d’art contemporain d’Europe. «C’était une reconnaissance assez incroyable et inattendue. Il est venu dans l’une des expositions que j’avais réalisées en ville. Il avait acheté dix pièces et est ensuite revenu dans mon atelier», raconte-t-elle.

Une opportunité qui lui a rapidement permis d’ouvrir son atelier dans le centre-ville de Vienne, il y a plus de dix ans. C’est dans ce lieu qu’elle réalise ses tableaux au style contemporain pour lesquels elle utilise tout type de matériaux, comme le bois, le plastique, la peinture en tube ou encore les mouchoirs anciens. «Beaucoup de mes travaux commencent par de petits modèles en papier. Ce matériau réagit immédiatement au mouvement et permet une approche expérimentale dans laquelle les formes se développent de manière intuitive. Ces modèles ne servent pas uniquement d’études préparatoires, mais constituent des espaces autonomes de réflexion et de recherche», explique-t-elle.

Depuis plusieurs années, l’artiste expose ses créations dans différentes galeries d’art en Autriche, mais aussi au Luxembourg, notamment au Casino – Forum d’art contemporain, à l’abbaye Neumünster et à la Luxembourg Art Week. Alors, justement, quels liens garde-t-elle avec le Grand-Duché ? «Je reviens parfois, car j’ai encore de la famille là-bas et pour ma profession», explique-t-elle.

Les œuvres de l’artiste lors de sa dernière exposition à Vienne.
Les œuvres de l’artiste lors de sa dernière exposition à Vienne.

Une enfance passée dans la capitale

Il faut dire que le Luxembourg, l’artiste ne l’a jamais véritablement oublié. Née à la fin des années 1960, elle passe son enfance dans la capitale. La place d’Armes est son terrain de jeu, le palais de justice, sa maison. Non loin de là, sa grand-mère tient un café qui, à l’époque, est très couru des Luxembourgeois. «Il s’appelait le Butterfly, il n’existe plus aujourd’hui, un autre établissement l’a remplacé», se remémore-t-elle. Des souvenirs qu’elle évoque aussi en Moselle où sa mère, divorcée de son père, habitait.

Après 36 ans de vie à Vienne, elle relève que l’intégration dans la capitale autrichienne a été «très facile». «Comme nous apprenons l’allemand à l’école au Luxembourg, il n’y a pas de difficulté de langue.» Néanmoins, elle a aussi observé les différences de mode de vie entre l’Autriche et le Grand-Duché. «Je trouve qu’au Luxembourg, l’argent et la finance sont très présents, ce n’est pas quelque chose que l’on voit à Vienne. Ici, les habitants sont très focalisés sur la culture, les traditions. Par exemple, l’été ils restent dans leur pays, contrairement à de nombreux Luxembourgeois qui voyagent à l’étranger», indique Marie-France Goerens.

Mes enfants adorent le Luxembourg

Pour autant, en tant qu’artiste, le Luxembourg est plus attrayant pour se faire une place. «Il y a de très nombreux artistes qui viennent dans la capitale autrichienne. Ce n’est pas le cas au Grand-Duché. Un artiste va d’ailleurs plus facilement obtenir des aides au Luxembourg qu’en Autriche.» La Luxembourgeoise a ainsi déjà songé à retourner vivre dans son pays d’origine. «Nous y avions pensé quand nos enfants étaient jeunes. Mais mon mari, qui est vétérinaire spécialisé, avait déjà une clientèle trop importante à Vienne.» Alors, même si elle a décidé de rester dans la ville de Sissi et Mozart, Marie-France Goerens reste attachée à son pays d’origine. «J’essaie de parler en luxembourgeois à mes enfants. Elles adorent le Luxembourg et apprécient d’y aller», confie-t-elle.

À Vienne, elle a aussi rencontré de nombreux Luxembourgeois expatriés. «J’avais organisé une exposition avec l’association locale de Luxembourgeois. Ils sont souvent très fiers de représenter leur pays.» Même si, après plus de 30 ans, Marie-France Goerens se dit heureuse de vivre à Vienne, elle avoue que son pays lui manque parfois, surtout pour ses spécialités culinaires. «Notamment le pâté au riesling», sourit-elle. Si ses projets artistiques continuent en Autriche, elle aimerait en réaliser davantage au Luxembourg. «C’est un grand souhait», conclut-elle au milieu d’une série de tableaux colorés.

Quels sont les liens entre le Luxembourg et Vienne ?

Les rapports entre les deux pays sont avant tout historiques. Le lien le plus direct s’est forgé au XVIIIᵉ siècle. En 1713, à la suite du traité d’Utrecht, le Duché de Luxembourg est intégré aux Pays-Bas autrichiens. Ainsi, pendant 80 ans, le pays sera directement gouverné par la dynastie des Habsbourg qui vit à Vienne. Sous le régime autrichien, la forteresse de Luxembourg, alors surnommée le «Gibraltar du Nord», est renforcée par de grandes extensions souterraines, les casemates. D’ailleurs, une partie porte toujours le nom d’«Autrichiennes». Mais l’événement marquant reste le Congrès de Vienne en 1815. C’est là que le Luxembourg devient un État indépendant. Aujourd’hui, les liens entre les deux pays continuent de se développer, notamment dans le domaine de la culture ou de la politique. Chaque année, le Cercle Cité organise un bal typiquement viennois.

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