Les stéréotypes se tapent l’affiche au lycée Fieldgen
Le lycée privé Fieldgen a fait appel à huit dessinateurs du Grand-Duché pour une campagne centrée sur les stéréotypes de genre afin de faire évoluer les mentalités des élèves et des enseignants.
Les maths et la science pour les garçons, les matières littéraires pour les filles. Même en 2026, ce genre de stéréotypes peuvent encore avoir la vie dure. Des idées reçues qui se créent dès l’enfance, que ce soit à la maison ou à l’école, et ont une incidence sur les futurs parcours de vie des élèves au point de parfois les limiter, aussi bien dans leur vie personnelle que professionnelle.
Face à ces clichés, dont il est parfois difficile de se débarrasser tant ils sont ancrés en nous, les établissements tentent de plus en plus de réagir pour éliminer le mal à la racine. C’est le cas de l’école Fieldgen, un lycée privé catholique fondé par les Sœurs de la Doctrine Chrétienne, qui a lancé toute une campagne contre les stéréotypes de genre. «Nous avons toujours été une école réservée aux filles. Mais en 2018, nous avons voulu évoluer et nous ouvrir aux garçons», commence Natascha Becker, professeur d’arts plastiques. Alors que l’école compte aujourd’hui environ 40 % d’élèves masculins, cette transition progressive a révélé un constat : comme partout ailleurs, élèves et professeurs reproduisent souvent, et sans forcément en avoir conscience, des schémas stéréotypés.
Avec l’aide d’un de ses collègues professeur de physique, Georges Liesch, Natascha Becker a alors monté la campagne «Total Normal». Pour l’occasion, l’école a contacté l’association Frënn vun der 9ter Konscht (Les amis du 9e art) afin d’aborder le sujet de manière ludique et accessible. Les huit artistes ont créé chacun une affiche sur des thèmes variés comme l’impact des réseaux sociaux, la quête d’identité (y compris la non-binarité), l’orientation professionnelle ou les dynamiques de genre en classe. Des sujets importants pour les élèves et sur lesquels ils ont pu débattre. «Nous voulions que chaque affiche montre une situation ouverte dont on pouvait discuter, même de manière contradictoire», continue Natascha Becker.
Ouvrir le dialogue
En classe, les discussions ont permis aux lycéens de donner leur avis et d’opposer leurs idées pour faire avancer tout le monde. «Chaque affiche était exposée pendant deux semaines pour pouvoir en discuter.» À la fin de l’année scolaire, les différents artistes sont venus au lycée Fieldgen pour la fête de l’établissement. Des ateliers ont alors été organisés pour permettre aux élèves de s’emparer du travail des huit dessinateurs. «J’avais imprimé les dessins préparatoires sur lesquels ils ont pu mettre leurs propres textes.» Le résultat a impressionné les dessinateurs, ravis de voir leur travail remanié pour permettre la création de nouvelles œuvres. «Je suis assez surpris de voir tout ce qui a été fait, affirme Kodji. Je suis content que mon travail inspire les jeunes générations, comme ça a pu être mon cas avec la bande dessinée ou les dessins animés.»
En plus de combattre les stéréotypes, la campagne a surtout pu ouvrir le dialogue, aussi bien entre les élèves qu’avec leurs professeurs qui, eux aussi, doivent combattre leurs idées reçues. C’est d’ailleurs toute la philosophie de l’école Fieldgen dont l’enseignement mise sur l’ouverture d’esprit et la compréhension mutuelle. «Les lycéens ont vu qu’on ne leur demandait pas seulement à eux de faire des efforts, mais que les professeurs étaient également prêts à évoluer», détaille Natascha Becker. Pour l’enseignante, l’heure n’est plus aux cours verticaux où seul le prof parle pendant que les élèves recopient le cours. Un véritable échange doit se nouer entre les deux parties. «C’est indispensable avec cette génération. Les jeunes d’aujourd’hui attendent qu’on leur parle, mais aussi qu’on les écoute.»