«Impossible de laisser ces trésors dans un tiroir» : le Differdange d’antan s’affiche en grand
Tout l’été, les habitants de Differdange sont invités à faire un bond dans le passé de leur ville, grâce à une exposition photo en plein air dressée dans six lieux symboliques.
«Impossible de laisser ces trésors dans un tiroir, il fallait absolument les partager avec les habitants», raconte Jerry Hartung, échevin de la Ville de Differdange, qui compte l’archivage dans ses attributions.
C’est en tombant sur des clichés anciens dévoilant à quoi ressemblaient autrefois les rues et les quartiers que chacun croit connaître qu’il a eu l’idée de monter toute une exposition dédiée au passé de Differdange, de l’âge d’or sidérurgique jusqu’à la cité du savoir et de l’innovation.
Les archivistes de la commune ont travaillé plusieurs mois sur ce projet, avec l’objectif de rendre l’expérience aussi ludique et accessible que possible. Sur de grandes structures à quatre faces, ils ont recréé une à une les photographies d’antan, en gardant le même point de vue, pour mieux mettre en évidence la transformation de Differdange au fil des siècles.
Pour faciliter le parcours des visiteurs, un plan accessible en ligne permet de localiser précisément les différents «cubes» dans les quartiers.
Un jeu des sept différences
«Sur le principe d’un jeu des sept différences, on présente une sélection d’images issues de notre fonds, sous la forme d’un avant/après, pour que les gens puissent voir à quel point notre ville a changé», décrit Arlette Bour, archiviste communale, dont le service gère aujourd’hui plus de 5 000 documents.
Implantés en pleine rue, au cœur de six endroits emblématiques de la ville, ces «cubes» piquent la curiosité des passants, dont de nombreux nouveaux arrivants. Chaque année, la ville accueille en effet 3 000 à 4 000 nouveaux résidents, dont 15 % viennent directement de l’étranger.
«D’où l’importance de valoriser notre passé à Differdange afin de continuer à faire vivre la mémoire collective», explique Jerry Hartung. «Cela dit, on a tout de même réussi à surprendre certains des habitants les plus anciens!»
L’usine en construction
Les panneaux géants présentent différentes périodes avec des photographies rares, certaines remontant à la fin du XIXe siècle. L’une d’elles montre ainsi, en 1897, des ouvriers en train de construire les hauts fourneaux. «À peine 4 000 personnes habitent alors Differdange. Nous sommes au tout début de l’essor minier et sidérurgique», pointe l’archiviste.
Des rues ont changé de nom, des bâtiments ont disparu ou changé de fonction, comme l’Aalt Stadhaus, une école et une église ont été démolies, tandis que de nouveaux quartiers (Fousbann, Oberkorn) et des immeubles ont poussé au sud de la rue de la Chapelle, là où, en 1906, s’étendaient encore des champs à perte de vue.
On découvre aussi que l’avenue Charlotte s’appelait rue Gabriel-Baron-de-Soleuvre en 1914. «On voit ici une calèche, non loin de l’ancien hôtel Hames, lieu très couru de la bourgeoisie locale», décrit Arlette Bour.
L’exposition rappelle aussi qu’à une époque, Differdange a eu son tramway. Il apparaît sur plusieurs photos, dont une de 1930 capturée avenue Max-Meier (aujourd’hui rue Émile-Mark).
«Le tramway a fonctionné à partir des années 1920 avant de disparaître en 1956, au profit des lignes de bus TICE qu’on connaît de nos jours.» C’est à cette époque que la ville enregistre un premier pic démographique avec 18 000 habitants.
Au fil de ces images surgies du passé, le public peut mesurer la place centrale qu’a occupée la sidérurgie, et à quel point l’usine faisait partie intégrante du paysage, rythmant la vie quotidienne des Differdangeois.
Un drone à la place des hauts-fourneaux
«On a ici une vue en hauteur, qui a été prise depuis les hauts-fourneaux en 1906. Pour la recréer, nous avons utilisé un drone. Ce qui permet de voir comment la ville s’est développée autour de l’usine.»
Les ouvriers et employés avaient besoin de logements, ce qui a conduit à la création de colonies ouvrières et à l’apparition de quartiers entiers autour du site industriel.
La villa Hadir constitue un autre témoignage de cette histoire industrielle. Situé en face de l’actuel Auchan, le bâtiment devenu restaurant hébergeait autrefois le siège administratif de l’usine.
Une nouvelle identité
Avec le déclin de la sidérurgie dans les années 1980 et 1990, Differdange a connu une baisse de sa population, avant de rebondir depuis les années 2000, avec trois lycées, une école internationale, deux établissements universitaires, de nombreux commerces et services, sans oublier une vie culturelle et artistique foisonnante.
Une histoire riche que les archivistes ont choisi d’exposer en plein air et dans l’espace public dans le but de toucher tous les publics. «Notre métier ne consiste pas seulement à collecter et préserver les traces du passé. Il y a aussi tout un volet dédié à la transmission», note Arlette Bour.
D’autres projets pour «passer la mémoire»
Dans cette idée, son service travaille également sur des archives audiovisuelles destinées à recueillir les témoignages de personnes ayant marqué la vie de Differdange, qu’elles y aient travaillé ou participé à la vie associative ou politique.
«Ces entretiens permettent de conserver des récits sur la vie quotidienne, l’école, le sport… Autant d’éléments qui ne sont pas nécessairement documentés dans les archives administratives et qui contribuent à passer la mémoire.»
À voir jusqu’au 30 septembre à Differdange, place Nelson-Mandela, zone piétonne, et dans les quartiers de Fousbann, Niederkorn, Oberkorn et Lasauvage.