À l’aube de ses 100 ans, Gym Bonnevoie rêve encore plus grand

Elle a bientôt un siècle, des souvenirs plein les armoires et quelques douleurs dans les articulations, mais Gym Bonnevoie continue de courir après les médailles… et surtout après quelques mètres carrés.

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Virginie de Sauvage est à la tête de l'association depuis deux ans.
Virginie de Sauvage est à la tête de l'association depuis deux ans.

À 98 ans, Gym Bonnevoie pourrait avoir droit à une retraite paisible. Passer ses journées à feuilleter ses albums photos, ressortir quelques souvenirs de jeunesse, s’offrir un gala pour se rappeler le bon vieux temps.

Mais la vieille dame n’est visiblement pas de cet avis. Elle continue de faire travailler près de 350 filles. Elle compte même encore 18 entraîneurs et aides-entraîneurs pour parfaire ses exercices. Elle se modernise, se digitalise, ouvre une «Baby Gym» pour toucher les plus petits. Assurer la relève. Et surtout, elle rêve d’une nouvelle salle.

Son principal problème, à son âge, n’est donc pas vraiment l’énergie. C’est l’espace. «C’est vraiment juste ça : il nous manque des mètres carrés», résume Virginie de Sauvage, la présidente du club depuis 2024. C’est sûr, à force de courir pendant 98 ans, forcément, quelques articulations commencent à grincer.

Une promesse écrite

Vous l’aurez compris, on ne parle pas vraiment d’une dame âgée de 98 ans, mais de l’association Gym Bonnevoie, présente dans le quartier de la capitale depuis… 1928! La salle actuelle, située à côté de l’école du quartier, est devenue trop petite pour les exigences de la gymnastique moderne. Le praticable devrait mesurer 12 mètres sur 12; celui du club fait environ 8 mètres sur 10. Pour certaines gymnastes, la diagonale se termine donc… contre le mur.

«Les plus grandes, elles terminent sur des matelas apposés contre les murs», raconte ainsi la présidente. Alors, on ajoute davantage de couches. On adapte les exercices. Mais à mesure que le niveau augmente, le bricolage, lui, atteint ses limites. Et surtout, cela pose des problèmes de sécurité.

Il manque aussi des équipements indispensables à la gymnastique moderne : une fosse remplie de mousse, un trampoline, de quoi permettre aux gymnastes de répéter les mouvements difficiles sans que chaque erreur ne se transforme en réception brutale sur le sol.

Après des années de demandes, la Ville a finalement envoyé un courrier prometteur au club. Cette fois, la promesse est écrite. «Nous n’avons jamais été aussi loin dans le cursus. Avant, c’était verbal. Là, maintenant, nous avons des promesses écrites», se réjouit Virginie de Sauvage.

Une nouvelle salle pourrait donc voir le jour à l’horizon de la fin 2028. Pile avant le centenaire de notre chère Gym. Le calendrier reste toutefois susceptible de prendre du retard, a précisé la commune.

De générations en générations

Pour comprendre ce que représente Gym Bonnevoie, il suffit de regarder les armoires, de se faufiler dans les vestiaires. Ici et là, des coupes, des médailles, des photos. Certaines portent des dates qui remontent aux années 1980, d’autres laissent entrevoir la gymnastique des années 30. Des pans d’histoire de générations entières de gymnastes.

Il y a des familles dont plusieurs générations sont passées par ce club. D’anciennes membres qui sont devenues des figures familières du conseil d’administration par exemple. Une «mémoire du club» que Virginie tient particulièrement à garder auprès d’elle. Sans oublier Vonny, ancienne figure dirigeante, qui continue de venir à chaque gala. «C’est un peu l’ADN du club», résume Virginie en feuilletant les archives à nos côtés.

À presque un siècle, Gym Bonnevoie a donc beaucoup de souvenirs. Mais ses archives racontent surtout une chose : elle n’a jamais vraiment cessé de bouger. Même durant l’Occupation. Des photos montrent ainsi des jeunes filles faisant de la gymnastique dans le sous-sol de l’école, en temps de guerre. «Je trouve ça dingue», commente Virginie de Sauvage.

En regardant toutes ces vieilles photos, on serait presque tenté de dire que la gymnastique d’antan ne ressemble pas tout à fait à celle d’aujourd’hui. On y voit des compétitions organisées en extérieur, dans des stades, avec les agrès installés sur la pelouse. Une autre époque. Presque un autre sport.

En près d’un siècle, les lieux, les appareils et les exigences ont changé, oui. Mais certaines choses sont bien restées en place. Le club a continué à organiser des galas. Les filles ont continué à s’entraîner, plus nombreuses que jamais. Et Gym Bonnevoie est surtout restée un club entièrement féminin. Même si sa création est l’œuvre… d’un homme. Pierre Hentges senior, plus précisément.

«Il l’a fondée en 1928 avec pour ambition de permettre aux filles de pratiquer la gymnastique. Il était lui-même gymnaste et a participé aux Jeux olympiques. Il voulait simplement que les filles du Luxembourg puissent pratiquer ce sport aussi», explique Virginie de Sauvage. Et aujourd’hui encore, le club revendique cette identité féminine. «C’est super important de montrer aux filles qu’elles peuvent faire tous les sports dont elles ont envie.»

Et puis… il y a Céleste

Une vieille dame n’est pas forcément condamnée à regarder passer les jeunes. Gym Bonnevoie en a même une qui porte son nom jusque dans le code international de pointage. Vous la connaissez forcément si vous êtes un adepte de ce sport : Céleste Mordenti, aujourd’hui âgée de 21 ans, a commencé à Bonnevoie avant de rejoindre le cadre national, puis de poursuivre son parcours à Amsterdam, où elle étudie.

Elle a surtout réussi quelque chose d’exceptionnel : inventer un élément de gymnastique suffisamment nouveau et difficile pour entrer dans le code international. Une sortie de poutre porte désormais son nom. «Maintenant, dans le code de pointage international, il y a le Mordenti», souligne fièrement Virginie de Sauvage.

Pour un club qui fête bientôt ses 100 ans, difficile de trouver meilleure manière de rester dans le présent. Céleste est d’ailleurs aujourd’hui la seule gymnaste du club à évoluer à un tel niveau.

Céleste Mordenti a fait ses premiers pas de gymnaste à Bonnevoie.
Céleste Mordenti a fait ses premiers pas de gymnaste à Bonnevoie.

Il faut dire que le club forme ses gymnastes jusqu’à 10-11 ans, avant que les meilleures rejoignent le cadre national. À Bonnevoie, elles s’entraînent six à huit heures par semaine, contre 15 à 18 heures au niveau national.

«L’écart est trop grand», constate Virginie de Sauvage. Les dernières gymnastes envoyées vers le cadre national n’y ont généralement tenu qu’un à deux ans. Et pour la présidente, la raison est claire : «On attend la nouvelle salle.» Avec les petits mètres carrés supplémentaires qu’il manque pour façonner l’élite.

Un autre âge critique arrive autour de 14 ans. Avec le lycée et des entraînements qui peuvent finir à 21 h, beaucoup de filles abandonnent la pratique de la gymnastique. La présidente aimerait donc surtout les garder au-delà de l’adolescence. «Les filles subissent beaucoup plus les changements du corps que les garçons. Et ces changements de morphologie vont jouer sur le centre de gravité, très important en gymnastique. Elles doivent donc travailler davantage, se réajuster.»

Sans oublier les tenues, très dénudées, qui découragent bon nombre de jeunes filles de continuer la pratique de ce sport. «Nous essayons de leur expliquer que leur corps, c’est leur outil de travail. Qu’elles ne sont pas là pour avoir l’avis des garçons. Mais c’est compliqué», se résigne Virginie de Sauvage.

Déjà 100 ans!

Malgré ces contraintes, Gym Bonnevoie poursuit son chemin. Les festivités de son centenaire débuteront fin 2028 et se poursuivront durant toute l’année 2029, avant un grand gala en novembre. L’occasion de ressortir les archives, les photos, les médailles et de retrouver les anciennes membres.

À 98 ans, Gym Bonnevoie n’a toujours pas envie de s’asseoir. Elle attend simplement une nouvelle maison. Alors, c’est une vieille dame, certes. Mais une vieille dame en tenue de gym, qui n’attend qu’une chose : avoir enfin assez de place pour courir, encore plus loin, encore plus haut.

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