U4: dans les entrailles du monstre de fer d’Uckange
Des visites guidées, assurées par les passionnés de Mécilor, sont organisées dans le parc du haut-fourneau de l’U4. Entre réalité virtuelle et anecdotes historiques, Jean Larcher, le président de l’association, offre aux visiteurs une plongée dans les entrailles du monstre de fer.
Patrick et ses amis sont originaires de Vendée et des Bouches-du-Rhône. En vacances dans le secteur pour rendre visite à un couple d’amis florangeois, ils participent à la visite guidée du haut-fourneau U4 en ce pluvieux dimanche après-midi de septembre. «Je me suis dit qu’il me fallait un parapluie pour venir en Lorraine, j’ai bien fait », sourit l’un d’eux.
Il est 14 h 15 et les participants — au total, une quinzaine — écoutent attentivement Jean Larcher, président de Mécilor (Mémoire culturelle industrielle Lorraine), une association créée en 1993 et composée d’anciens sidérurgistes et de bénévoles passionnés qui animent les visites guidées de l’U4 et œuvrent pour la valorisation et la sauvegarde du site. «Je vais vous expliquer comment fonctionne la machine qui est derrière vous… L’usine à fonte d’Uckange date des années 1890 à 1913. Elle est de construction», révèle-t-il.
Cette dernière, dont l’exploitation a cessé en 1991, comptait six hauts fourneaux. Un seul d’entre eux a été conservé : l’U4. Ce dernier a fait l’objet d’un arrêté d’inscription à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 31 juillet 1995, qui interdit toute démolition dans le secteur protégé…
Durant 60 ans, 900 à 1 200 personnes se sont ainsi relayées 24 heures sur 24 pour produire jusqu’à 1 million de tonnes de fonte par an pour alimenter les aciéries et fonderies du bassin sidérurgique lorrain. Après avoir retracé l’historique du site, direction le chapiteau pour des explications plus poussées sur son fonctionnement , et des détails sur le minerai et le coke (charbon), matières premières indispensables à ce dernier.
«Voir ça de plus près!»
«Il y avait environ 120 qualités de fonte différentes à Uckange à l’époque. Les derniers hauts fourneaux du secteur, alimentés au coke, sont situés à Pont-à-Mousson (Saint-Gobain PAM) et devraient être bientôt remplacés par un four à arc électrique, alimenté par une centrale nucléaire. On est en droit de se demander où est l’écologie là-dedans ?»
Entre deux anecdotes, les visiteurs se mettent dans la peau d’un fondeur, grâce à la réalité virtuelle. Par petits groupes de quatre et munis d’un casque, ils découvrent et s’essayent aux gestes effectués pour lancer une coulée, montent sur la nacelle et observent les horizons du parc à 360 °C. À l’instar d’Émile et Juliette, de Fontoy qui, déjà «passés devant l’U4 à de multiples reprises par le passé sans savoir qu’on pouvait visiter», s’y arrêtent pour la première fois. «Nous ne sommes vraiment pas déçus, et nous apprenons beaucoup de choses… Nous avons désormais hâte de voir ça de plus près !»
Et ça tombe bien, car l’heure est venue pour l’ensemble des visiteurs de sortir du chapiteau et de tenter d’apprivoiser le monstre de fer, en s’en approchant un peu plus… De la benne Staehler, positionnée sous un silo, qui permettait de charger 7 tonnes de coke, ou 24 tonnes de minerai, jusqu’au gueulard, au local de commande, toutes les explications données par Jean Larcher prennent enfin sens. Le visiteur emprunte ensuite la passerelle Bernard Colnot, pour pénétrer dans l’endroit le plus spectaculaire : la halle de coulée, où la fonte en fusion arrivait à une température de 1 500 °C…
Et pour une expérience collective immersive au parc du haut-fourneau, rendez-vous le samedi 31 octobre de 18 h à 23 h pour la Nuit du feu.