Trouver un médecin traitant en Moselle : le parcours du combattant
Trouver un médecin généraliste qui accepte encore de nouveaux patients peut rapidement tourner au parcours du combattant en Moselle-Nord. Nous avons pu le constater en menant des recherches en ligne, via des applications spécialisées ou les moteurs de recherche : bien que des centaines de praticiens apparaissent dans les résultats, l’immense majorité des rendez-vous sont réservés aux patients déjà suivis.
Quand on vient de déménager dans un nouveau secteur, suffit-il encore de quelques recherches et coups de téléphone pour trouver un médecin traitant? Pour le savoir, notre recherche concentrée en Moselle-Nord commence comme beaucoup le feraient probablement : sur internet.
Via l’application Doctolib. Une recherche géolocalisée à Hayange fait apparaître 325 résultats. De quoi, à première vue, laisser penser que le choix ne manque pas. Les premières fiches refroidissent rapidement cet optimisme.
D’un profil à l’autre, le même message s’affiche presque systématiquement : «Ce soignant réserve la prise de rendez-vous en ligne aux patients déjà suivis.» Il en va de même, bien souvent, pour les rendez-vous pris directement au cabinet : les nouveaux patients ne sont pas acceptés.
Une exception apparaît tout de même, un praticien non conventionné propose, lui, de nombreux créneaux libres.
«Les médecins ont déjà une patientèle trop importante»
Doctolib semble avoir atteint ses limites. Qu’en est-il sur les moteurs de recherche, Google en l’occurrence? Moins de résultats, mais beaucoup de noms déjà croisés quelques minutes auparavant sur l’application spécialisée.
Cabinet après cabinet, les numéros s’enchaînent. Lorsqu’une secrétaire décroche, la réponse varie peu : «Les médecins ont déjà une patientèle trop importante et ne peuvent plus accueillir de nouveaux patients.»
Parfois, pas d’interlocuteur au bout du fil, une voix automatique prend le relais. Les messageries détaillent les horaires d’ouverture et, pour certaines, renvoient vers le médecin de garde ou le 15 en cas d’urgence.
Selon Pierre Cuny, président de Thionville-Fensch Agglomération, 70 médecins généralistes devraient partir à la retraite d’ici 2036. Cependant, l’hôpital de Hayange tient encore grâce à des médecins retraités et devrait bientôt pouvoir accueillir de nouveaux patients.
Dans le Pays-Haut mosellan, le constat n’est guère plus encourageant. Sur Doctolib, une recherche géolocalisée à Audun-le-Tiche ne propose plus que 206 résultats, soit une centaine de moins. Le constat reste le même : la prise de rendez-vous en ligne est régulièrement réservée aux patients déjà connus du cabinet. Parmi les rares créneaux visibles, certains concernent uniquement les nourrissons, les premières consultations d’enfants ou encore les actes esthétiques. Il faut élargir la recherche vers le Thionvillois pour trouver une offre un peu plus étoffée.
La faute au numerus clausus?
Pourquoi est-il devenu si difficile de trouver un médecin traitant? Faut-il y voir les conséquences du numerus clausus? «La suppression du numerus clausus n’est pas suffisante pour annoncer un avenir radieux, estime la docteure Isabelle Renkes, présidente de l’Ordre des médecins de la Moselle. Le nombre des médecins n’est pas la seule variable qui nous permet de parler de qualité des soins.»
Et de poursuivre : «Pour attirer les jeunes médecins généralistes, il faut qu’ils aient envie de venir dans le secteur.» Selon elle, l’enjeu tient aussi à l’organisation du système de santé.
«Il faut que le jeune médecin soit rassuré par un certain nombre de paramètres, explique-t-elle. Il faut qu’il puisse développer des liens avec les autres médecins libéraux, des spécialistes avec lesquels il pourra échanger et envoyer des patients. Il faut qu’il y ait des hôpitaux de proximité qui le rassurent et des outils de coordination entre médecins.»
À ces difficultés d’installation s’ajoute un autre phénomène pointé par la présidente de l’Ordre, l’évolution du rapport entre médecins et patients. «Un jeune médecin qui accepte d’être installé, il est quand même courageux car il a souvent affaire à des gens qui sont des consommateurs de santé, détaille Isabelle Renkes. Bon nombre de patients parfois réclament des arrêts de travail, ou des certificats de toutes sortes, des ordonnances ou bien des examens complémentaires. Et le médecin qui va dire non, par sa déontologie et par sa connaissance médicale, peut être agressé verbalement. Il n’est pas rare qu’on ait quatre ou cinq déclarations de violences chaque mois.»
En Moselle, 4 100 praticiens sont inscrits à l’Ordre des médecins.