«Lorraine Aéroport» à la croisée des chemins : quel avenir pour la plateforme de Metz-Nancy-Lorraine?
«Lorraine Aéroport» a connu un joli coup de projecteur fin septembre avec la visite du pape Léon XIV à Metz.
En accueillant le pape Léon XIV et Emmanuel Macron le 28 septembre, «Lorraine Aéroport» s’est offert un coup de projecteur aussi inédit qu’inespéré. Le temps de cet événement, cette propriété de la Région Grand Est a montré le rôle majeur qu’elle pouvait jouer. «Un signal symbolique fort» pour Patrick Weiten. Le président du Département sait que Metz-Nancy-Lorraine est à la croisée des chemins. Et qu’il faudra bien plus qu’un miracle pour lui inventer un avenir.
Avec sa piste de 3 050 mètres pouvant accueillir n’importe quel gros-porteur, ses certifications à ne plus savoir qu’en faire, ses immenses hangars prêts à l’emploi pour la logistique, son aérogare confortable, la plateforme a tout d’une grande. Il ne manque finalement que… des avions à ce petit bijou posé au milieu de nulle part entre Metz et Nancy. Faute d’offres séduisantes, les Lorrains s’envolent de quasiment partout ailleurs.
«Lorraine Aéroport» est l’équipement des occasions ratées. Qu’il soit géré par la Chambre de commerce ou par les exécutifs régionaux de gauche ou de droite, l’équipement n’a jamais été au centre des préoccupations. Il a connu son record de fréquentation en 2005 (355 000 passagers). Depuis, ses bilans ne sont que dégringolades (121 000 passagers en 2025). Les ennuis remontent à l’arrivée de la ligne à grande vitesse en 2007, qui lui a fait perdre toutes ses liaisons intérieures. La faute aussi à une concurrence féroce.
Pas facile d’exister au pays des quatre frontières et ses équipements de haut vol au Luxembourg, à Sarrebruck, Strasbourg, Francfort-Hahn, Bruxelles-Charleroi, Baden-Baden ou Bâle-Mulhouse. La faute encore à un manque d’ambition politique à un moment, notamment sur les low cost. La structure a raté le coche en refusant Ryanair (1999) et a fait un flop avec MyAir (Bergame/Venise, 2007) et Volotea (Nantes, 2012-2013), qui s’est depuis posée à… Strasbourg.
Autre échec cuisant : le fret. Les atouts sont pourtant là entre la situation géographique au cœur de l’Europe, la possibilité de développer autour une zone d’activités et la proximité de la ligne ferroviaire. DHL s’est posé en 2000, déclenchant aussitôt la levée de boucliers des riverains et des débats politiques sans fin autour des vols de nuit. Le transporteur a fait ses valises en 2006. La covid est enfin venue couronner le tout, mettant à mal le marché mondial.
Un déficit jugé excessif
Résultat : après avoir englouti l’argent des Lorrains depuis 1991, l’équipement à 58 millions d’euros fait aussi les poches des Alsaciens et des Champardennais depuis 2015 et la fusion des trois ex-régions. Son déficit chronique de 1,5 million d’euros par an a même atteint 4,2 millions d’euros en 2025. Une somme jugée excessive par le préfet de région qui a saisi en juin 2026 la Chambre des comptes Grand Est. Celle-ci a proposé un plan de redressement sur cinq ans qui laisse perplexe. Il repose sur deux leviers.
Le premier est de développer l’activité commerciale pour atteindre les 200 000 passagers d’ici 2030. Ce que l’aéroport cherche à faire en vain depuis vingt ans. Le deuxième consisterait à moduler ses redevances aéronautiques et ses recettes commerciales provenant du stationnement et de la location des surfaces commerciales. Une politique plus risquée quand on sait que l’activité repose uniquement sur la présence de deux compagnies régulières : Air Algérie et TUI fly pour le Maroc.
Une situation dont se désintéressent la Meurthe-et-Moselle et le Grand Nancy. Alors que la Moselle et Metz-Métropole ne cessent de signifier leur attachement. Tous deux ont accepté de cofinancer à hauteur de 50 000 euros chacun, avec la Région qui met 100 000 euros, une étude attendue pour début 2027. Elle pourrait s’avérer décisive pour l’avenir de la plateforme.
Philippe Marque (Le Républicain lorrain)