Les vestiges d’une vieille usine de Rombas refont surface à Differdange

Mise en service à Rombas en 1897, cachée pendant 50 ans et sauvée de la destruction in extremis en 2000, la vieille soufflante à vapeur de l’usine sidérurgique est une miraculée. Bringuebalée, elle dépérit depuis vingt ans sur des friches au Luxembourg. Des passionnés se battent pour son retour dans l’Orne.

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Les plus gros éléments de la soufflante se trouvent sur une friche industrielle, à Differdange. Les plus petites pièces seraient entreposées à l’abri, dans des ateliers.
Les plus gros éléments de la soufflante se trouvent sur une friche industrielle, à Differdange. Les plus petites pièces seraient entreposées à l’abri, dans des ateliers.

C’est une mission sauvetage. Une opération commando diligentée par une poignée d’hommes épris de mémoire industrielle. Lancée il y a plus de vingt-cinq ans par Gérard Dalstein, cadre de la fonction publique à la retraite et spécialiste de la sidérurgie, elle se prolonge aujourd’hui à l’aube de nouveaux espoirs. La soufflante à vapeur, bijou technologique du XIXe siècle, pourrait revenir au bercail, sur les lieux qui l’ont vu naître…

«C’est une histoire extraordinaire», résume Sylvain Dessi, ancien cadre de l’Éducation nationale. Le Longovicien prend part à la quête de l’impossible. Ramener cette vieille machine à bon port, chez elle, à Rombas : qui l’eût cru ?

Cachée dans un sarcophage de béton

Mis en service en 1897, l’appareil de vingt mètres de long sur six de large servait à insuffler de l’air dans les premiers hauts-fourneaux. Fonctionnant à la vapeur, elle chassait du vent à haute pression dans les hauts-fourneaux pour alimenter la combustion du coke.

Désuète, la machine a été remplacée avant la guerre par une soufflante à gaz. L’histoire aurait pu en rester là. C’était compter sans le flair de Philippe Bécé, le patron de l’usine. Échaudé par le démantèlement des convertisseurs Thomas alors qu’il était en vacances, le directeur décide de cacher la machine, convaincu qu’elle est promise au même sort. Il la scelle dans un sarcophage de béton, sous une partie de l’usine.

L’U4 n’en voulait pas

Ce n’est que cinquante ans plus tard, en 1999, que Gérard Dalstein en retrouve la trace. L’usine de Rombas est alors fermée depuis trois ans et sa démolition programmée. Mais l’homme refuse la fatalité. Il se lance dans une course contre la montre pour la sauver. Aidé par des cols blancs de l’usine, il met sur pied une opération de survie. La machine est démontée puis transportée à Neuves-Maison, où la commune consent à l’accueillir.

Cinq ans plus tard, premier couac. La mairie change d’avis. Le fonctionnaire doit lui trouver une porte de sortie. Ce sera le parc U4 d’Uckange. «Un site sur mesure», croit alors l’intéressé. Re-couac. Pour d’obscures raisons, la machine n’est plus la bienvenue et, en 2008, elle doit déguerpir. Le sort s’acharne. Pas pour longtemps : par le biais d’une connaissance, Gérard Dalstein parvient à la transférer au Luxembourg. Elle serait la pièce maîtresse d’un futur musée de l’Énergie. Direction les friches des anciens hauts-fourneaux de Differdange. Le temps passe, le projet de musée capote. Une nouvelle fois, la machine tombe dans l’oubli.

Retour à la case départ?

En 2024, nouveau coup du sort. À l’occasion de l’inauguration du Phoenix, à Rombas, Sylvain Dessi évoque l’avenir funeste de la soufflante devant le directeur général des services de la communauté de communes du Pays Orne-Moselle (CCPOM). Le sujet fait mouche : le site des Portes de l’Orne, où se dressait l’usine, pourrait l’accueillir. Plus précisément l’atelier Locotracteur, destiné à être transformé en halle gourmande. Reste un obstacle, de taille : le financement. «Le préprogramme d’aménagement prévoit un espace pour l’accueillir, à l’intérieur du bâtiment, dans le cadre de sa rénovation. Mais rien n’est acté, faute de budget», indique-t-on du côté de la CCPOM. Si cela se fait, ce ne sera pas avant «trois ou quatre ans».

En attendant, la soufflante restera à Differdange. Fin 2025, ArcelorMittal avait indiqué vouloir la détruire, avant de faire marche arrière. Contactée, sa direction ne semblait pas au fait du sujet.

Gérard Dalstein s’accroche à une issue heureuse : «À partir du moment où j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour la sauver, je compte sur la providence pour y mettre du sien.» L’histoire a prouvé qu’elle savait se manifester lorsque c’était nécessaire.

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