La victime d’un «piqueur» à Metz témoigne
Anaïs fêtait la musique et l’été, samedi au centre-ville. Et comme les 145 femmes qui se sont manifestées en France, elle a elle-même constaté avoir été piquée.
Fêter l’été, la musique, les retrouvailles en terrasse, traîner jusqu’au bout de la nuit en applaudissant, à chaque coin de rue, la prestation d’un groupe de musique à découvrir… Samedi 21 juin au soir à Metz, comme dans toutes les villes du pays, les foules ont profité de la douceur du soir et Anaïs a grossi les rangs : «Je n’étais pas forcément motivée mais une de mes amies y allait, c’était l’occasion de partager ça. Si j’avais su…» Ses attentes ont été comblées, mais c’est au retour à la maison que les choses se sont gâtées, au tout petit matin vers 1 h 30 : «Quand j’ai enfilé mon pyjama, j’avais une douleur à la cuisse. J’ai vu la petite trace, le gonflement tout autour. J’ai tout de suite compris qu’il ne s’agissait pas d’une piqûre de moustique.»
Anaïs, originaire d’un petit village situé aux frontières de Moselle-Est, fait partie de ces femmes visées par un «piqueur». De ceux qui profitent d’un rassemblement pour choisir leur cible. Comme elle, plus d’une centaine se sont manifestées dans le pays, samedi 21 juin, après les festivités de la Fête de la musique. Comme elles, Anaïs est inquiète, en colère, effrayée et choquée. «Sur le coup, je me suis tue, car mes parents n’étaient pas forcément très emballés à l’idée de me voir aller en ville, ce soir-là.
Ils savent pour les alertes sur les réseaux sociaux, comme tout le monde, je le savais aussi mais on ne s’imagine jamais être visé(e) soi-même.» Elle a beau fouiller dans sa mémoire, la jeune vingtenaire ne se rappelle pas une quelconque douleur durant sa déambulation en ville, avec son amie : «J’ai été vigilante, comme toujours lorsqu’il y a de la foule. Je ne suis pas forcément fan de ces situations alors je fais attention par habitude, je veille à ne pas me faire coller. Mais voilà…»Tard dans la soirée, Anaïs sera elle-même témoin de la chute d’une jeune femme, rue Fabert, en direction de la place Saint-Jacques : «Elle est tombée, devant moi. Elle venait d’être piquée et ça a provoqué une réaction en chaîne, les gens avaient peur. Les sapeurs-pompiers, les policiers, les urgentistes, tout le monde était là. C’est assez inquiétant et ça vous passe l’envie de ressortir.» Une dizaine d’autres filles, à Metz, déclareront des faits similaires.
Ses parents mis au courant, les choses ont été rapidement prises en main. Il fut décidé que, dès hier, des tests sérologiques soient réalisés en laboratoire : «Notre médecin traitant va suivre tout ça. Il me faudra attendre quelques heures, si tout est bon, je recommencerai dans deux mois pour être définitivement rassurée. J’ai appris que des types piquaient aussi avec des cure-dents, c’est effrayant!» Une consternation supplémentaire pour cette jeune femme déjà habituée, lorsqu’elle est seule en ville, à devoir gérer les mots déplacés, les regards appuyés, les «suiveurs» : «C’est un vrai problème ces comportements, qui nous obligent à être en alerte, tout le temps. Imaginer que des types répondent désormais à des appels sur les réseaux sociaux à commettre ce genre d’attaques. C’est choquant.»
Gisèle Sebaoui (Le Républicain lorrain)