Grand Est : une région vieillissante et en reflux démographique
Les habitants du Grand Est sont de moins en moins nombreux et de plus en plus âgés en moyenne. Surtout, la proportion d’individus en perte d’autonomie sur nos territoires est croissante. Et cela va durer jusqu’en 2050 au moins, posant de multiples questions, financières notamment.
L’Insee est formel : depuis 2025, les plus de 65 ans sont plus nombreux que les moins de 20 ans dans la région Grand Est. Au sein d’une région comptant un peu plus de 5,5 millions d’habitants, en léger recul démographique (-0,1 % par rapport à 2025), les seniors représentent 22,8 % de la population.
Mieux : la part des plus de 75 ans dans la population augmente également, pour atteindre le niveau inédit de 11 %. Le tout, dans un contexte où l’espérance de vie est de 79,4 ans pour les hommes et de 84,6 ans pour les femmes.
Bref, les seniors ont de beaux jours devant eux dans la région, d’autant plus que ces ratios sont appelés à évoluer singulièrement dans les années qui viennent : le Ceser évaluait il y a peu la chute de population à laquelle la région doit s’attendre à l’horizon 2050 à 500 000…
De plus en plus de super seniors
Le Grand Est devrait compter alors environ 225 000 seniors en perte d’autonomie, selon l’Insee. Soit un bond de près d’un tiers par rapport à la situation relevée en 2021.
Une croissance particulièrement marquée chez les plus de 85 ans : l’augmentation des personnes en situation de perte d’autonomie dans cette tranche d’âge devant atteindre +64 % à l’horizon 2050 toujours.
Dans le même laps de temps, le nombre des seniors de 95 ans ou plus serait multiplié par 2,5, passant de 8 200 personnes à 20 600 en Grand Est. Petite lueur au bout du tunnel toutefois : après un pic, le nombre de seniors en perte d’autonomie pourrait refluer selon l’Insee avec moins 23 000 personnes âgées dépendantes d’ici à 2070.
Une situation globale à mettre en perspective : si certains territoires, notamment le Bas-Rhin ou encore les franges frontalières de la région, résistent au reflux démographique actuel, ils ne sont pas pour autant épargnés par le vieillissement. Et, effet inverse, d’autres territoires – Marne, sud de la Meuse notamment – sont encore plus touchés par les deux phénomènes.
Effet ciseaux
Dans un contexte budgétaire contraint, sur le plan national mais aussi régional et départemental, l’effet ciseaux est brutal : avec moins de moyens et de plus en plus de personnes âgées dépendantes à prendre en charge, une part croissante des dépenses sociales vont être consommées sur ce seul poste.
Un véritable défi financier mais aussi structurel – le nombre d’établissements adaptés demeurant insuffisant – et en matière d’emploi/formation, les besoins de personnels qualifiés, au sein des Ehpad notamment, étant en forte croissance.
À titre d’exemple, la Moselle, en trio de tête des départements du Grand Est où la proportion de personnes âgées dépendantes augmente le plus, est en adaptation constante de ses dépenses afférentes : dans son budget 2026, le Département a prévu 893,6 millions d’euros de dépenses de fonctionnement, en augmentation de 14 millions d’euros (+1,6 %).
Une «évolution principalement portée par les politiques sociales, cœur de nos compétences, qui nous conduisent à augmenter nos dépenses de solidarité de près de 20 millions d’euros», soulignait le président de la Moselle, Patrick Weiten, au moment du vote. Sur cet exercice, les dépenses de l’autonomie auront progressé de +3,5 % à elles seules.
Hervé Boggio
(Le Républicain lorrain)