Entre colère sincère et violences, la jeunesse s’empare de la rue à Metz

Plus de 5 000 manifestants ont parcouru les rues de Metz ce samedi 17 octobre. Lycéens et étudiants ont dominé le cortège. La situation est restée étonnamment calme dans le reste de la Moselle. Mais dans la capitale, la colère de la jeunesse a explosé.

Publié Modifié
Ce samedi 17 octobre la mobilisation était importante à Metz.
Ce samedi 17 octobre la mobilisation était importante à Metz.

Étudiants, lycéens, Gilets jaunes et syndicats avaient promis une convergence des luttes, ce samedi 17 octobre. Un pari incertain à Metz, relevé par plus de 5 000 manifestants. Retour sur une journée émaillée d’affrontements, en cinq temps forts.

10 h : les Gilets jaunes se retrouvent esseulés

Les plus fidèles membres des Gilets jaunes se sont donné rendez-vous au rond-point de Metz-Borny, à proximité du Leroy Merlin. Un noyau solide d’une dizaine de personnes, en grande majorité des retraités, qui n’a jamais cessé de se réunir tous les samedis. « Il faut rendre le pouvoir au peuple », martèle Sandrine Mathis, responsable du groupe messin. Séduits par la motivation des lycéens et étudiants, ils se rendront au rassemblement sur la place de la République à 14 h. «Mais s’il y a de la casse ou des violences, on s’écarte», prévient Michel Gambetti. Âgé de 75 ans et dialysé, il connaît ses limites.

14 h : la jeunesse donne le ton

Sur la place de la République, les manifestants affluent. Avant même 14 heures, ils sont déjà plusieurs milliers. La jeunesse, majoritaire, n’y va pas de main morte sur les pancartes. Tantôt drôle («on nous promet des lendemains qui chantent mais on n’a même plus de quoi se payer Spotify !»), tantôt décalée («on veut le retour du kebab à 5 euros !»). Les craintes par rapport à la crise écologique sont à l’honneur, l’envie d’un monde meilleur. La foule affiche sa détermination dès les premiers chants, lancés par les militants du NPA (Nouveau Parti anticapitaliste) et du LPL (Le Poing levé) : «On est jeunes, déter (minés) et révolutionnaires !»

15 h 30 : défiance envers la police

Au fil de la marche, les meneurs de groupe se succèdent au mégaphone pour scander leur opposition au «Front national» et aux «fachos». Ces slogans côtoient ceux exprimant une forte défiance envers les forces de l’ordre. «Tout le monde déteste la police», «À bas l’État, les keufs et les fachos» ou encore «ACAB», acronyme anglais traduit par «Tous les policiers sont des bâtards», résonnent dans les rues du centre-ville. À 15 h 30, rue du Grand-Cerf, les premiers gaz lacrymogènes sont tirés par les forces de l’ordre. Aucune sommation ne précède leur usage. Les gaz provoquent la dispersion du cortège en plusieurs groupes et désorganisent la manifestation.

15 h 45 : la manifestation bascule

La foule, massée sur l’Esplanade, est chauffée à bloc. Un groupe veut rallier l’hôtel de ville. L’idée prend comme un feu de poudre. Sauf que l’étape «mairie» ne fait pas partie du parcours officiel. Les forces de l’ordre sont massées à l’entrée de la Place d’Armes. Pas question de laisser une scène de genre «prise du Capitole» se dérouler. Passé le moment incongru d’une sortie de mariage, l’affrontement devient inévitable. Des fusées d’artifice sont tirées (sans viser les forces de l’ordre) par des jeunes. Les lacrymogènes pleuvent en réponse. S’ensuivent deux heures d’affrontements : les chaises de café volent, les forces de l’ordre reprennent du terrain, la foule se replie. Lunettes de piscine, masque anti-poussière, lotion contre les yeux : la jeunesse s’organise. Deux étudiantes messines témoignent : «Nous ne voulions pas ce genre de scène. Ce n’était pas autorisé d’aller à l’hôtel de ville ? Oui, mais c’était un symbole important !» Un combat d’image se joue, entre les jeunes qui veulent en découdre, et ceux qui maintiennent pacifiquement leur pancarte face aux CRS.

20 h : secteur Muse, scènes de chaos

De 5 000 manifestants, le cortège passe à environ 500. Ce n’est plus un cortège, mais des jeunes souvent cagoulés, qui filment leur montée d’adrénaline face aux policiers. Ils se dirigent vers le secteur Pompidou. Le centre commercial Muse tire le rideau. Des clients sont enfermés à l’intérieur. Les lacrymos pleuvent, les manifestants balancent des poteaux et du mobilier urbain. Ils et elles sont parfois très jeunes, une quinzaine d’années. Il n’y a plus de slogans, plus de pancartes. Mais l’envie d’en découdre. La circulation est bloquée, avenue de l’Amphithéâtre. Les manifestants prennent un bus à partie, en le secouant. Le chauffeur accélère, pris de panique. Le centre commercial Match, rue Aux Arènes, voit ses vitres brisées. Des feux sont allumés, Avenue Foch. Tout cela n’a plus rien à voir avec l’élan de l’après-midi.

Powered by Labrador CMS