Écluse de Metz : «Je n’ai jamais vu aussi peu de bateaux»
À l’occasion des Journées du patrimoine, l’écluse de Metz a ouvert ses portes aux curieux ce week-end. Les agents de Voies navigables de France en expliquent l’histoire et le fonctionnement, mais évoquent surtout les enjeux de demain.
Les quelques visites de l’écluse de Metz, proposées ce week-end pour les Journées du patrimoine, se sont vite arrachées. L’équipement, constitué en réalité de deux écluses – l’une à grand gabarit, pour le commerce; l’autre, plus petite, pour la plaisance – intrigue. «Je passe souvent devant, mais je ne sais pas comment fonctionne l’écluse. Cette visite était l’occasion de le découvrir», explique Pierre, un Messin venu samedi après-midi. «Je suis venue par curiosité, pour apprendre à quoi sert l’écluse et comment ça marche», témoigne également Armelle.
Mais avant de découvrir cette infrastructure et son poste de commandement, petit plongeon dans le passé. Le 26 mai 1964, la Moselle canalisée ouvre officiellement à la navigation. D’abord entre Coblence, en Allemagne, et Thionville-Illange, puis jusqu’à Neuves-Maisons, près de Nancy, en 1979. L’écluse de Metz est l’une des 17 situées sur la partie française d’un parcours symbole d’une Europe économique unie. L’équipement a connu ses heures de gloire, avec jusqu’à «10 ou 11 millions de tonnes de marchandises chaque année, à l’époque de la sidérurgie», raconte Romain, l’un des responsables pour Voies navigables de France (VNF).
Aujourd’hui, un peu plus de 8 000 bateaux par an y passent, dont la moitié sont commerciaux. Cinq millions de tonnes de marchandises transitent chaque année sur cet axe fluvial majeur. «Imaginez, lance Romain aux visiteurs. Un bateau permet de transporter en moyenne 3 000 tonnes de marchandises. Un camion, c’est 25 tonnes de charge. On estime qu’un seul bateau permet d’éviter en moyenne 250 camions sur les routes.» Colossal.
Un trafic fluvial en berne
Néanmoins, le trafic fluvial est à la peine. «Le transport de conteneurs ne se développe pas comme on l’avait prévu, signale Romain. Pourtant, tous les ponts de la Moselle ont été rehaussés en ce but.» Heureusement, l’écluse de Metz est située à proximité du Nouveau Port, premier port céréalier de France. Mais actuellement, la sécheresse historique que connaît le Rhin a considérablement ralenti le trafic fluvial. «D’habitude, 10 à 15 bateaux passent chaque jour. En ce moment, je n’ai jamais vu aussi peu de bateaux. C’est la première fois que je vois ça», témoigne Romain, pourtant salarié depuis près de trente ans.
Dans le poste de commandement, un écran permet de visualiser en temps réel les péniches ou embarcations de plaisance qui naviguent sur la Moselle. Et effectivement, elles se comptent sur les doigts d’une main. «Les prévisions estiment qu’à l’avenir, les sécheresses seront plus précoces, plus longues. Il faudra bien trouver une solution.»
D’autant qu’un autre défi de taille attend l’écluse de Metz : l’automatisation. Actuellement, deux salariés se relaient en 2×9, l’un le matin de 5 h 30 à 14 h 30, l’autre l’après-midi et en soirée, de 14 h 30 à 23 h 30. «Tout ça va disparaître avec le déploiement des postes de commande centralisés, les PCC», sait Romain, un brin nostalgique.
À partir de cette année et de manière progressive jusqu’en 2031, toutes les écluses des 167 km de voies navigables entre la frontière luxembourgeoise, à Apach, jusqu’à Neuves-Maisons seront contrôlées par des opérateurs installés au sein de deux postes, à Toul et Thionville. Les éclusiers ne seront plus physiquement sur chaque site; les ouvrages seront pilotés à distance grâce à des caméras, des capteurs et des systèmes audio. Un investissement considérable.
(Le Républicain lorrain)