Blocus lycéens à Metz : la colère des jeunes ne fléchit pas

Plusieurs centaines de lycéens ont dénoncé leur quotidien rythmé par les emplois du temps à rallonge, le manque de professeurs et les cours dans des bâtiments en mauvais état. Cette colère s’est traduite par plusieurs affrontements avec la police. Bilan : plusieurs élèves blessés ainsi qu’un policier transporté à l’hôpital.

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Des centaines de lycéens en colère ont manifesté dans les rues de Metz. Certains ont essayé de déjouer les lancers de gaz lacrymogènes des forces de l’ordre.
Des centaines de lycéens en colère ont manifesté dans les rues de Metz. Certains ont essayé de déjouer les lancers de gaz lacrymogènes des forces de l’ordre.

«Je faisais du piano mais faute de temps, j’ai dû arrêter». Discrète, Rabia, 17 ans, se tient à quelques mètres de l’entrée du lycée Fabert à Metz, obstruée par plusieurs poubelles. L’adolescente scolarisée dans l’établissement en classe de terminale en a sa claque des journées à rallonge. «Je viens de Maizières-lès-Metz donc tous les matins, je me lève tôt. Et les bus ne passent pas toujours. Sur le temps du midi, on a des options extrascolaires et le soir, le temps d’arriver à la maison, il est 19 h passées. Il faut réviser et préparer les contrôles.» Selon la lycéenne, cette situation concernerait une bonne partie de ses camarades. «On en a déjà parlé aux professeurs, de décaler certaines évaluations, mais ils ne sont pas indulgents».

Pendant qu’elle narre son quotidien de lycéenne, les premières dégradations urbaines interviennent. Il est 9 h 15. Feu de poubelles, jet de cahiers depuis les fenêtres de l’établissement et jet d’œufs. Cinq policiers dont deux en civil veillent au loin. «Moi, je me désolidarise des casseurs et de ceux qui veulent sécher les cours», embraye Ugo, lui aussi en terminale. «Si je prends mon cas, pendant la semaine de la rentrée, je n’ai pas eu de professeurs de ma spécialité. On a certains cours dans un bâtiment provisoire où il fait très chaud l’été et trop froid en hiver. Des exemples comme ça, j’en ai plein», souffle le lycéen.

Des tensions éclatent

Au même moment, des dizaines de jeunes quittent le parvis du lycée pour rallier le square du Luxembourg. Ils sont rejoints par d’autres. C’est le jeu du chat et de la souris avec les forces de l’ordre. Au niveau de la basilique, un adolescent qui s’apprêtait à lancer un projectile est interpellé de façon musclée. Il en perd sa chaussure qui reste sur la voie de bus pendant que lui est placé en garde à vue.

Puis le mouvement se replume en fin de matinée, lorsque des centaines de lycéens se rejoignent aux abords des lycées Louis-Vincent et Georges-de-La-Tour. Sur la place Roi-George, certains manifestants jettent des projectiles sur les forces de l’ordre, tandis que d’autres s’amusent à mettre le feu aux poubelles, à briser les abris de bus, ou encore à tirer des mortiers d’artifice en l’air. Pour disperser la foule, les CRS, dépêchés sur place en nombre, lancent des gaz lacrymogènes. Le centre-ville est bouclé à cet endroit : plus aucun bus ne circule et les automobilistes sont ralentis.

23 interpellations à Metz

Puis le mouvement se disperse au sud de la ville, vers la gare et le Centre Pompidou-Metz. Les clients du centre commercial Muse sont confinés quelques instants. Les badauds s’arrêtent et filment la scène d’une énième interpellation. Au total, la préfecture dénombre 39 interpellations, dont 23 pour des faits commis sur Metz (jets de projectile, dégradation de biens publics et possession de fumigènes…). Cinq policiers ont été légèrement blessés, dont un à Metz. Dix-sept incendies sur la voie publique ont nécessité l’intervention des services d’incendie et de secours de la Moselle.

À l’issue de cette journée, 25 personnes ont été placées en garde à vue dans le ressort du parquet de Metz, dont 22 mineurs et 3 majeurs. Treize personnes ont été placées en garde à vue pour des violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique, neuf pour participation à un groupement en vue de commettre des violences ou à un attroupement armé, et trois autres pour dégradations.

Le parquet précise qu’il «appréciera les orientations pénales en fonction des éléments recueillis par les enquêteurs.» La mobilisation va continuer : des mesures de police administrative et d’interdiction de regroupement ont été prises pour la journée de ce vendredi 2 octobre, annonce la préfecture.

Benjamin Ecuyer et Célia Simon

(Le Républicain lorrain)

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