Ars-sur-Moselle : «Comment va-t-on faire sans notre conseillère numérique ?»
À Ars-sur-Moselle, un collectif d’habitants se mobilise pour dire «non à la suppression du service d’aide à l’autonomie numérique» décidée par la municipalité faute de moyens financiers suffisants.
Face à l’informatique, j’ai ressenti le désarroi de mes parents illettrés. » Farida Hamouche décrit avec des mots forts une situation vécue encore par des tas de gens : ne pas savoir utiliser un ordinateur, voire un smartphone, à l’heure où tout ou presque se passe sur le web. « C’était Monsieur qui s’occupait des papiers… » Aujourd’hui, la sexagénaire revit grâce au service d’aide à l’autonomie numérique d’Ars-sur-Moselle , la commune de son enfance. « Karine m’a appris à rédiger un mail, à me méfier des arnaques en ligne, à ne pas perdre les vidéos des petits-enfants sur le portable. Elle a apporté des clés à mon handicap », salue-t-elle en évoquant la conseillère numérique consultée régulièrement au sein de la Maison France Services. « Sauf que bientôt, elle ne sera plus là », se désole-t-elle.
De quoi faire peur à Thérèse Poli, 83 ans : « Quand mon mari est décédé, je n’avais même pas de téléphone à part la ligne fixe. C’est Karine qui m’a tout appris ». Ou à Martine Muller qui s’est confrontée à « ces nouvelles technologies » quand le sien a rencontré des problèmes de mémoire. Edwige Sutzmann reconnaît qu’au début, « ça ne m’attirait pas mais, bon, je ne voulais pas tout le temps solliciter mes filles » ; l’habitante d’Arry a dû s’y mettre. Comme Martine Fabbian, 67 ans, qui apprécie « cet accompagnement dans la durée avec une professionnelle patiente qui n’hésite pas à répéter ». Patrick et Brigitte Martin sont même fiers d’avoir été les premiers à profiter de cette ouverture sur le monde digital : « On a une amie qui vient depuis Jarny tant cet enseignement est indispensable aujourd’hui ».
La lutte s’organise
Curriculum vitæ, accès aux droits, lutte contre l’isolement, prise de rendez-vous médicaux via les plateformes : chaque semaine, la conseillère numérique aide « une quinzaine de personnes. Un millier en quatre ans », chiffre Martine.Ce matin-là, tous sont réunis chez les Dangleterre. Clara, leur hôte, a également pris un coup au moral quand elle a appris que le poste de conseillère numérique était voué à disparaître. « Karine est une personne qui ne juge pas votre niveau. Elle vous donne des exercices à faire pour progresser. À ses côtés, on ne se sent pas diminué. Comment va-t-on faire sans elle ? », questionne l’Arsoise qui a fait appel à son mari, militant CGT, pour organiser la lutte. « Tous comptent sur elle, même des jeunes qui n’osent pas le dire, révèle Eric Dangleterre. Ce poste, c’est du lien social, de l’autonomie, de la dignité retrouvée. »E
nsemble, ils ont donc rédigé une pétition « mise sur la page Facebook Si tu es d’Ars » et distribuée dans les commerces de la commune de quelque 5 000 âmes. « Tous les commerçants nous l’acceptent », se réjouit Farida qui l’a aussi portée dans les mairies alentour. « Lessy, Scy-Chazelles, Arry, Jouy-aux-Arches, Corny… Leurs habitants utilisent aussi notre service pour ne plus être des illettrés de l’informatique. »