Carburants : pas de pénurie au Luxembourg malgré un Rhin exceptionnellement bas

Les stations-services luxembourgeoises continuent d’être livrées malgré le faible niveau du Rhin. Mais tant que les eaux resteront basses, les contraintes logistiques, les coûts de transport et les capacités de chargement devraient rester sous pression.

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Le trafic fluvial se poursuit malgré les faibles niveaux du Rhin, au prix de chargements réduits et de rotations supplémentaires.
Le trafic fluvial se poursuit malgré les faibles niveaux du Rhin, au prix de chargements réduits et de rotations supplémentaires.

Le 19 août, le ministère de l’Économie avait reconnu une chaîne logistique sous tension. La baisse des niveaux d’eau du Rhin et de la Moselle réduisait les capacités de transport fluvial de carburants, sans toutefois remettre en cause la sécurité d’approvisionnement du pays.

Plus d’un mois plus tard, les distributeurs assurent toujours parvenir à maintenir leurs livraisons. «Actuellement, nous ne rencontrons aucun problème d’approvisionnement pour nos stations au Luxembourg», indique Werner Thys, directeur Fuel Circle K BeLux. Le distributeur reconnaît toutefois que le faible niveau du Rhin, combiné aux travaux des CFL sur le pont avant Mertert, a représenté un défi logistique. Ces difficultés ont pu être absorbées sans qu’aucune station ne se retrouve à sec.

Même constat chez Aral, qui ne constate «actuellement pas de difficultés d’approvisionnement» dans ses stations luxembourgeoises. L’entreprise souligne disposer d’un portefeuille d’approvisionnement «robuste et diversifié».

Le Luxembourg n’est toutefois pas isolé des difficultés du corridor rhénan. Selon la Commission centrale pour la navigation du Rhin (CCNR), «les approvisionnements pétroliers acheminés vers la Moselle et le Luxembourg transitent généralement depuis les grands terminaux et raffineries connectés au corridor rhénan». Les flux de produits pétroliers sur la Moselle sont donc «dépendants des conditions de navigation sur le Rhin».

Sur la base des informations communiquées par le gouvernement luxembourgeois, la CCNR indique que la situation des approvisionnements avait été qualifiée de «tendue» fin août. «Les conditions hydrologiques étant similaires à celles d’août, il est probable que cette tension persiste aujourd’hui», estime-t-elle. Elle ne dispose pas encore de données permettant de mesurer précisément l’impact des basses eaux sur les volumes acheminés vers le Luxembourg, ces données arrivant généralement avec plusieurs mois de décalage.

Des bateaux fortement limités

Sur le Rhin, la situation demeure exceptionnelle. Après un hiver doux et sec, un déficit de précipitations depuis mars et des températures élevées durant l’été, les niveaux d’eau ont atteint des valeurs historiquement basses sur plusieurs secteurs.

À Kaub, référence pour les conditions de navigation sur le corridor rhénan, le niveau devrait passer sous les 5 centimètres d’ici la fin de la semaine, selon les prévisions de l’institut allemand d’hydrologie BfG. Cela correspondrait à moins de 1,20 mètre de tirant d’eau. Une reprise durable avant fin octobre paraît peu probable, estime la CCNR.

La navigation n’est toutefois pas interrompue. «Malgré ces conditions difficiles, la navigation sur le Rhin n’a jamais cessé», souligne la CCNR. Les bateaux doivent néanmoins réduire considérablement leur chargement. «Sur certaines sections du Rhin, les bateaux, quand ces derniers peuvent naviguer, n’ont pu charger que 10 à 20 % de leur capacité habituelle», rapporte-t-elle, précisant que «de nombreux bateaux ne peuvent pas naviguer».

Les transporteurs tentent de compenser en multipliant les rotations. Aux Pays-Bas, les volumes transportés par voie navigable ont diminué de 9,3 % en juillet et de 18,8 % en août par rapport aux mêmes mois de 2025. Dans le même temps, le nombre de trajets a augmenté et les taux de fret ont fortement progressé.

Pour le Luxembourg, la Moselle constitue un axe complémentaire. Régulé, le fleuve ne connaît pas les mêmes restrictions de profondeur que le Rhin. Son trafic reste toutefois indirectement dépendant du corridor rhénan. «Les tensions constatées sur le Rhin ont ainsi naturellement des répercussions sur les capacités d’approvisionnement des territoires situés plus en amont, dont le Luxembourg», souligne la CCNR.

La situation française illustre les conséquences possibles de ces perturbations. Selon les données communiquées par la CCNR, près de 30 % des stations-services d’Alsace ont connu cet été une rupture d’au moins un type de carburant, contre environ 6 % en moyenne en France. «Les coûts des carburants ont également augmenté en raison des tensions au niveau de l’approvisionnement», ajoute-t-elle.

Au Luxembourg, aucune rupture n’est donc signalée à ce stade. Mais si les niveaux du Rhin restent aussi bas, les contraintes devraient se prolonger : «capacités de chargement réduites, coûts de transport élevés, recours à davantage de bateaux pour assurer les mêmes volumes» sont notamment à prévoir, selon la CCNR.

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