Carburants : «Aucune raison de faire le plein par précaution»
Face aux nombreuses contraintes logistiques d’import du carburant, Jean-Marc Zahlen, secrétaire général du groupement des pétroliers au Grand-Duché, se veut rassurant et écarte tout risque de pénurie.
Entre les basses eaux exceptionnelles du Rhin qui réduisent le transport fluvial, les travaux des CFL sur le pont de Mertert qui empêchent le fret ferroviaire et la fermeture du canal belge d’Eupen en raison de l’incendie des Hautes Fagnes, la chaîne d’approvisionnement en carburant du Grand-Duché est bouleversée.
Alors que le ministère de l’Économie a appelé à la vigilance dans un communiqué, Jean-Marc Zahlen, secrétaire général de Groupement Énergie Mobilité Luxembourg (GEML), fait le point sur la réalité des stocks, l’adaptation des modes d’acheminement et l’écart entre indisponibilités temporaires et pénurie.
Dans son communiqué, le ministère de l’Économie parle d’une «situation tendue en matière d’approvisionnements». Redoutez-vous un phénomène de surconsommation préventive?
Jean-Marc Zahlen : Le secteur a dû faire face simultanément à plusieurs contraintes logistiques les dernières semaines, ce qui a occasionnellement entraîné des indisponibilités ponctuelles et de courte durée pour certains produits dans un nombre limité de stations.
Il n’y a pas de pénurie sur le marché et il n’existe donc aucune raison pour les consommateurs de modifier leurs habitudes ou de faire le plein par précaution. Les opérateurs ont adapté leur logistique en fonction de leurs possibilités respectives et les différents modes de transport sont combinés de manière plus flexible.
Les difficultés logistiques touchent-elles de la même manière les stations-service d’autoroute ou frontalières et les stations dans les petites communes?
Il n’y a actuellement aucun indice montrant qu’une catégorie particulière de stations serait structurellement plus touchée qu’une autre.
La chaîne d’approvisionnement étant actuellement bouleversée, le risque le plus probable est d’avoir des retards dans la livraison ou d’arriver jusqu’à des ruptures temporaires, voire une pénurie?
Il n’y a actuellement pas de pénurie sur le marché. Le risque d’une indisponibilité ponctuelle dans l’attente d’une livraison retardée persiste cependant.
À partir de quel seuil critique les réserves peuvent-elles être mobilisées ? Le cas échéant, ce sont les stocks nationaux, à Bertrange et Bettange-sur-Mess, qui seraient libérés en premier?
Il n’existe pas de mécanisme pour mobiliser automatiquement les stocks stratégiques en fonction de certains seuils. La législation prévoit une mobilisation en cas de rupture majeure d’approvisionnement, de crise locale, d’urgence particulière ou dans le cadre d’une décision internationale coordonnée.
Les importateurs luxembourgeois doivent maintenir des stocks de sécurité correspondant à au moins 93 jours d’importations journalières moyennes nettes.
La décision dépendrait notamment du produit, de son emplacement, de son accessibilité physique, des moyens de transport disponibles et du plan d’intervention arrêté par les autorités.
La sécheresse qui impacte le niveau du Rhin est-elle un phénomène que les importateurs vont devoir prendre davantage en compte à l’avenir?
Alors que les épisodes de basses eaux ne sont pas nouveaux, celle que l’on rencontre actuellement est arrivée plus tôt dans l’année et est exceptionnellement longue. La récurrence des sécheresses fait partie de la planification logistique des différents opérateurs.
Ces derniers ont déjà adapté leur logistique en fonction de leurs possibilités respectives. Une partie des volumes est davantage acheminée par train et des volumes plus importants sont chargés directement dans des dépôts en Belgique avant d’être transportés par camion vers le Luxembourg, tout en combinant les différents modes de transport de manière plus flexible.
L’incapacité à trouver un accord sur la réouverture du détroit d’Ormuz vous inquiète-t-elle?
Il faut distinguer cette question géopolitique des difficultés logistiques actuellement rencontrées au Luxembourg. Les difficultés actuelles sont liées aux contraintes logistiques.
L’effet du conflit en Iran pour le Luxembourg se fait avant tout sentir au niveau des prix, qui dépendent des cotations internationales des produits pétroliers, du prix du brut et du taux de change entre le dollar et l’euro.