[Dans les profondeurs du streaming]
Robert Bronzi, le Charles Bronson hongrois
Vous n’avez pas fait le tour de vos plateformes de streaming?Le Quotidienl’a fait pour vous! Aujourd’hui, découvrez Robert Bronzi, sosie hongrois de Charles Bronson, dans le nanarDeath Kiss.
Des réseaux sociaux à la toile de cinéma, le deepfake, les filtres et les effets numériques sont devenus si présents et si facilement accessibles dans notre monde actuel que l’on oublie qu’il fut un temps où le cinéma de série B (voire Z) capitalisait sur les succès de stars en faisant appel à des sosies bas de gamme.
Dans les années 1970 et 1980 ont ainsi défilé sur les écrans, et invariablement dans des productions de piètre qualité, des clones de Bruce Lee (nommés Bruce Le, Bruce Li ou Bruce Ly) ou de Jackie Chan (Jackie Cheng, Jacky Chen…), mais aussi ceux de Sean Connery (Neil Connery, frère de, dont la carrière se résume à une parodie de James Bond), Eddie Murphy (Chuck Jeffreys), Arnold Schwarzenegger (Robert Pentz) ou encore l’Italien Giuseppe Spezia, alias «John Travolto».
Alors, lorsque l’on tombe sur Death Kiss, un film d’action ultrafauché réalisé en 2018 par un dénommé Rene Perez, on a le réflexe de croire à un coup de l’intelligence artificielle plutôt qu’à des méthodes d’un autre temps.
Sur l’affiche, la silhouette du héros, la phrase d’accroche «La justice a un visage familier» et le titre du film, quasiment copié-collé du thriller culte Death Wish (Michael Winner, 1974), sont sans équivoque : Charles Bronson est de retour pour une nouvelle histoire de vengeance… ou presque.
Car l’acteur emblématique de Once Upon a Time in the West (Sergio Leone, 1968), The Magnificent Seven (John Sturges, 1960) et The Great Escape (John Sturges, 1963) est décédé en 2003, à 81 ans – dix ans après le cinquième et dernier volet de Death Wish, qui avait d’ailleurs mis un terme à sa carrière au cinéma.
L’acteur qui tient le haut de l’affiche de Death Kiss a un nom, qui sonne aussi comme une contrefaçon : Robert Bronzi. Si la ressemblance physique est parfaite, l’illusion s’effondre dès lors qu’on lui demande de jouer.
Parfois crédité comme Robert Kovacs – son vrai nom –, Bronzi n’a pas attendu d’apparaître devant une caméra pour cultiver sa ressemblance avec son idole.
Dans une rare interview, il cite «l’homme à l’harmonica» comme son rôle favori de Bronson et le chef-d’œuvre de Sergio Leone comme son «plus gros choc cinématographique», qu’il a vu au cinéma adolescent.
Rene Perez a rencontré Kovacs par hasard, à Almeria, en Andalousie (lieu de tournage privilégié de Leone), où il était employé dans un parc à thème western pour animer un spectacle en costume de shérif, avec son lot de cascades et de fusillades.
La véritable attraction, on le devine, n’était pas tant son talent d’acrobate que ses cheveux noirs et épais coupés à mi-longueur, ses yeux bleu-gris et sa fine moustache débordant sous ses lèvres. De quoi pousser le réalisateur à convaincre Bronzi de traverser l’Atlantique pour tourner avec lui, donnant le coup d’envoi à une véritable «Bronsonsploitation».
Après avoir étudié le théâtre dans sa jeunesse, puis enchaîner les boulots – charpentier, cascadeur, cavalier… –, voilà que Kovacs entame, à 60 ans passés, une nouvelle carrière inattendue.
Le deuxième long métrage du tandem Perez-Bronzi, Death Kiss, est un nanar comme il en existe mille : mise en scène plate façon téléfilm, couleurs fades et désaturées, jeu d’acteur hasardeux, dialogues à la limite du ridicule, musique kitschissime et scénario sans queue ni tête. Bref, un film forcément raté et pas tellement drôle, mais qui fonctionne comme un plaisir coupable dès lors que le héros apparaît à l’écran.
Car ce qu’on demande à l’acteur se résume à se tenir et à marcher comme Charles Bronson; les lignes de dialogue de Bronzi, déclamées sans charisme ni conviction et avec un accent hispano-hongrois à couper au couteau, se comptent sur les doigts de la main.
Son personnage, le même genre de justicier réac qu’incarnait Bronson dans les années 1970-1980, passe alors son temps à errer dans les ruelles mal famées d’une grande ville américaine anonyme ou à brandir son revolver.
Le point d’orgue restant la fusillade finale dans une casse automobile, où Bronzi arrache la portière d’une vieille carcasse de voiture pour l’utiliser… comme gilet pare-balles.
Robert Bronzi mérite sa carte de «presque»
Avec Rene Perez ou le producteur Gary Jones, Robert Kovacs enchaîne les rôles depuis bientôt dix ans dans des films aux titres tels que The Gardener (2021), Escape from Death Block 13 (2021) ou Once Upon a Time in Deadwood (2020) : le plus souvent un cow-boy, un justicier ou un bandit à la main leste mais au grand cœur, et même, dans Exorcist Vengeance, un justicier-prêtre (!).
Des films toujours bricolés selon la même recette : un scénario qui tient sur du papier à cigarette, une production à microbudget qui rappellent les heures de gloire du studio Cannon dans les années 1980 (dont les stars s’appelaient Chuck Norris, Dolph Lundgren, Jean-Claude Van Damme… et Charles Bronson!), et l’acteur comme argument marketing majeur. À défaut du Bronson de Death Wish, ce sera le Bronson de Wish tout court.
Rien que pour la sincérité avec laquelle il entreprend cette étrange carrière, pour laquelle il mérite sa carte de «presque», on peut considérer Robert Bronzi comme la meilleure réponse à une industrie qui n’hésite plus à avoir recours à l’IA. Et l’acteur assurait fin juillet, via son compte Instagram, que tout un tas de «nouvelles productions sont à venir».