[Musique]
Aloïse Sauvage revient frapper avec «La Foudre»
Elle n’avait pas sorti d’album depuis quatre ans mais le feu brûle toujours chez Aloïse Sauvage, de retour avecLa Foudre, nouvel opus autour du sentiment amoureux.
«Le point de départ de cet album, c’est quand même une rupture», annonce d’emblée la chanteuse et rappeuse française Aloïse Sauvage, qui se place, après les albums Dévorantes (2020) et Sauvage (2022), entre tempête émotionnelle et sensualité électrique. Le ton semble donné dès le premier des douze titres, intitulé Adieu mon amour. Mais en réalité, il faut y voir «un album de vie, de retour à soi, de ce qu’il se passe après la rupture et quelles traces laisse l’amour», déroule l’autrice-compositrice-interprète, qui trouve via la création un «sens dans la vie».
Cette sortie témoigne également de «la fin d’un cycle», analyse-t-elle à 34 ans. Après des années au sein de la major Universal, elle a créé son propre label, le bien nommé Les Sauvages, dont cet opus est la première incarnation. Pourtant celui-ci ne s’est pas construit comme les précédents, où les textes lui venaient avant les mélodies : comme foudroyés eux aussi, les mots ont d’abord refusé de naître. «Du coup, j’ai beaucoup créé de la musique sans écrire. C’est vraiment passé par le corps, c’est un album très physique. Dans tous les moments de ma vie où j’ai des fragilités comme ça, je sais que mon corps me guide et reste mon pilier», confie Aloïse Sauvage.
Universalité de l’amour
Rien d’étonnant vu son CV pluridisciplinaire : après le breakdance, débuté à 10 ans, elle a bifurqué vers le cirque contemporain, passant par l’Académie Fratellini. Depuis 2016, elle tient aussi régulièrement des rôles au cinéma ou à la télévision : une brève apparition dans le drame historique et romantique Cold War (Paweł Pawlikowski, 2018), un rôle secondaire dans le multirécompensé 120 battements par minute (Robin Campillo, 2017) ou la série Dix pour cent… En 2024, pour son premier long métrage de réalisateur, l’acteur Reda Kateb convoque son passé de circassienne en lui offrant le rôle principal de Sur un fil, celui d’une acrobate dont la carrière est mise à l’arrêt à la suite d’un accident. Mais c’est bien la danse qui reste incontournable pour Aloïse Sauvage, jusque sur la scène, qu’elle retrouvera pour une tournée début 2027.
Je suis une fille réussie, moi!
Quand les morceaux de La Foudre ont commencé à prendre vie, le flow poétique et percutant de cette passionnée de hip-hop a recommencé à jaillir. Mais cette fois-ci, la fan de Diam’s et Missy Elliott a osé s’éloigner du rap pour davantage de chant, naviguant parfois dans les aigus comme sur Mayday.
Pour cette artiste queer assumée – six ans plus tôt, Omowi ne laissait déjà aucun doute –, raconter des histoires lesbiennes à travers l’art est avant tout une manière de parler de l’universalité de l’amour. «Nous deux, c’était simple / Ta main, ma main», se rappelle-t-elle dans K. O. (sale atterrissage), titre dont le spleen est renforcé par des nappes électro concoctées par le compositeur Mathieu Epaillard.
Dans la logique de ses débuts avec À l’horizontale, la chanteuse aborde sans détour désir et plaisir charnel. «Tes hanches sur mes phalanges / J’te connais pas mais c’est quand que tu t’allonges», fantasme-t-elle dans Antidote, dont le clip a été tourné à la salle de sport entre haltères, pompes et température qui grimpe.
«Toujours plus de représentations»
Aloïse Sauvage assure avoir voulu concevoir «un album d’amour pour parler d’autre chose que de (son) lesbianisme» car «les chansons peuvent parler à tout le monde, ce n’est pas une affaire de sexualité». Elle reste toutefois consciente qu’il est «très politique de normaliser la banalité» de ces vécus. À ses yeux, la scène musicale féminine met davantage en avant «ce rapport au désir», dans sa globalité et ses différences. Mais, nuance-t-elle aussitôt, «le monde reste quand même homophobe et sexiste. Il faut toujours plus de représentations : j’en fais partie et c’est un grand honneur.»
C’est donc la tête haute qu’elle chante Tomboy («garçon manqué», en français), titre signature de ce nouveau projet. «Quel que soit ce qu’on dit de toi à l’extérieur, comment tu te définis, tant que le cœur bat, vas-y, avance», résume-t-elle. Plus jeune, elle aussi a été affublée de cette expression qu’elle trouvait «absolument nulle». Percutée par le film Tomboy (2011) de Céline Sciamma, elle aime pourtant la sonorité rebondissante de cet anglicisme. Pour le reste, cette artiste pluridisciplinaire préfère se définir à sa manière : «Je suis une fille réussie, moi!», décoche-t-elle avec aplomb.